Jeune groupe en vue de la scène Noise, Louis Minus XVI avait sorti il y a quelques années un premier album Birds and Bats, remarqué par les spécialistes du genre.
Avec ses deux saxophonistes, l'explosif Adrien Douliez à l'alto et le ténor Jean-Baptiste Rubin que l'on avait déjà remarqué au sein de La Pieuvre, le groupe proposait une musique à la croisée des chemins, ou le Free caressait la Noise dans le sens du poil, dans des envolées lyriques qui ne s'exonérait pas d'une grande douceur.
Avec Kindergarten, sorti sur le décidément précieux label BeCoq dans sa position de franc-tireur entre les lignes, les quatre nordistes franchissent un peu plus le rubicon en s'engageant dans un processus franchement Free, qui se rapproche ontologiquement de groupes comme Kouma par exemple ou surtout Irène, mais moins lesté de virulences, plutôt prêt à chercher l'espace entre les musiciens que leur alliance contondante.
Kindergarten était également le nom d'un bel album de Matthieu Donarier et Poline Renou, sorti chez Yolk. L'atmosphère de cet album très court est tout à fait différente. Plus direct, mais comme son prédécesseur, plein de surprise et d'invention, d'espièglerie et de jeu de cache-cache.
L'image de la pochette fait sens : un papier chiffonné, ou un tissu froissé où la masse se pare de nombreux interstices. C'est dans ces anfractuosités que se cache le coeur du quartet, et aussi les petits moments de poésie, suspendus. A ce titre, il convient de se plonger dans le très beau "More Friends" ou les deux saxophonistes se frôlent de leur timbres et de leur souffle sablonneux sous la petite ondée de cymbales du batteur Frédéric L'Homme.
Il y a de la tension, légère puis grandissante à mesure que la basse s'introduit dans le propos, mais sans cette dureté sous-jacente, on pourrait presque croire à un moment chambriste, apaisé et plein de poésie.
La recette est simple, connue sans être éculée. Une base rythmique dure, binaire, violente parfois, fortement rock quoi qu'il arrive, viens chauffer une discussion entre les soufflants. Voilà pourquoi la basse électrique de Maxime Petit est une constituante importante du roi Minus. Il trouve dans la batterie de L'Homme pas seulement un allié, mais un double inversé, comme un négatif argentique couleur et ses effets étranges.
Voir ainsi "La Marche", qui s'ouvre dans un déluge de métal signé Petit, accompagné par les ronflements farouches de Douliez. Et puis peu à peu, un autre discours s'installe à mesure que l'alto s'harmonise avec le ténor de Rubin dans une phrase musicale d'essence Aylerienne. on retrouve cela également dans "Columbine's Twin", où la basse lancinante de Petit entraine ses comparses soufflants dans un folklore lointain ; éthéré presque, mais toujours à la limite d'exploser en milliers de brisures électriques.
On retrouve cette même atmosphère dans le disque étrange et très court de Petit How Many Miles To Babylon où il se produit en solo. La même sécheresse poétique à la sonorité un peu étrange qui vous emplit comme une ivresse et fait visiter des profondeurs sensibles. Tout ce petit monde est à suivre avec attention.
L'occasion sans doute de se promener dans l'Aude, à Montolieu, du 25 au 27 juillet pour le premier festival Becoq !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

10-Garance