Depuis quelques temps, les solos fleurissent au sein des collectifs, ou parmi les musiciens des grandes -et jeunes- formations. Ce sont souvent les mêmes, soit dit en passant.
Ca pourrait sembler un paradoxe, mais faire entendre une voix soliste dans une démarche collective est tout sauf un manière de tirer la couverture à soi. Cela fait au contraire de faire avancer la parole commune. C'est exactement ce qui a présidé aux solos de Fanny Lasfargues ou de Julien Desprez, pour ne citer que le Coax Collectif.
Au delà de ce contexte,  il y a la volonté de faire évoluer son instrument non pas sur une échelle de virtuosité, où tout ou presque a été dit, souvent de la plus bavarde des façons, mais sur une transgression de son usage et de ses timbres, pour la transmuter en un véritable générateur de son. Une démarche qui perpétue plus qu'elle ne s'oppose au travail de grands improvisateurs et qui cherche à faire de l'instrument une sorte de prolongement physique du musicien. Une démarche que l'on trouve chez Fred Marty par exemple, ou encore chez Didier Petit, pas seulement pour le caractère étendu de l'instrument, mais pour son rapport charnel.
C'est dans ce double contexte qu'il faut envisager So-Lo-Lo, le disque du guitariste Thibault Florent, que l'on avait repéré et apprécié au coeur de la formation Pan-G du tromboniste Aloïs Benoit dans un registre très électrique et au sein du collectif tourangeau Capsul.
Ce disque à l'atmosphère très singulière, sorti chez Alambik:musik et disponible sur BandCamp, permet de pénétrer dans l'univers bigarré de ce jeune guitariste, joliment illustré par "Une folie" et son allure enfantine où le tintement des cordes évoque la candeur du glockenspiel.
Armé de sa guitare acoustique à 12 cordes, Florent ne rivalise pas avec la sécheresse plein de watt de Desprez. Il cherche cependant à pousser le plus loin possible les ressources de son instrument et à les multiplier, sans viser le déluge ou noircir son trait.
Sur ses douzes fils pincés, on croise les ombres de Fred Frith comme le blues hybride de Pierre Durand, ou encore - et c'est une joie-dans le court "I heard a noise" quelques vieux grimoires de Canterbury Music qui feront parfois penser à Gilles Poizat.
C'est ainsi que sur "Asie", la guitare de Florent se mue en un koto aux voix multiples, qui évoque un continent plus imaginaire que réel où le grattement aigrelet laisse place à des carillons étranges, presque inquiétants, comme un de ces rêves répétitifs dont on peine à sortir, en fin de nuit, vaguement brumeux et hypnotiques. 
On aura la même impression vague dans "Japon", qui lui répond. La guitare préparée de Florent devient une percussion matifiée mais fragile où l'on sent à chaque frappe les doigts du guitariste courir sur les cordes pendant qu'il balbutie quelques mots dans un souffle. La dimension physique de l'instrument n'est pas ici dans le corps-à corps, mais dans l'effleurement, l'évitement, la caresse bien plus que l'étreinte. L'usage de petits objets qui transforme la guitare sans sombrer dans la démonstration ni la foire à tout. 
La voie intermédiaire choisie par Thibault Florent est des plus intéressante. Il faudra guetter attentivement la suite, notamment si les atmosphères peuvent se renouveler et aller vers d'autres horizons, peut-être plus virulents ; ce qu'il nous a montré dans Pan-G laisse augurer du meilleur.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

 

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