La grande vivacité et la grande diversité de la scène berlinoise n'est certes ni un scoop ni une nouveauté. Mais on est toujours étonné de découvrir de nouvelles têtes, de nouveaux groupes comme une sorte de vivier intarissable. Les trois jeunes gens qui forment le Melt Trio en et une composante.
Leur second album Hymnolia, paru sur le label Traumton Records, qui suit depuis plusieurs années l'éclosion de la jeune scène allemande, illustre avec acuité l'aspect très fusionnel de l'approche musicale entre musique improvisée et post-rock tortueux et psychotrope.
On en aura l'exemple sur un morceau comme « Rebirth Of The Galaxy », où la batterie très coloriste et sensible de Moritz Baumgärtner dessine toutes sortes de paysages qui infléchissent les paraboles des deux frères Meyer, Peter à la guitare et Bernhard à la basse qui peuvent tous deux passer d'une certaine aridité bruitiste à des mélodies atmosphériques persistantes. Les frères Meyer ont une manière de jouer très proche, dénuée d'agressivité, préférant s'imposer par un lent enserrement de la masse du silence, ou par des ostinato lointains (« Count This Penny »). On les retrouve ensemble dans plusieurs formations, parmi lesquelles les très alcalin quintet du saxophoniste Timo Vollbrecht, MSV Brecht aux atmosphères voisines.
Il n'est pas question de parler de Power Trio au sujet de Melt ; non que de Power, il n'y ait point : il suffit d'écouter « Philister In Love » pour s'en convaincre. Mais c'est dans la foultitude de détail, dans les soubresauts microscopiques et les changements subits de rythmes de Baumgärtner que se cache la force du trio.
Car le vrai grand artisan de ce mélange est le batteur, qui participe à de nombreux groupes, où le Free côtoie parfois la musique contemporaine, comme c'est le cas avec le groupe de la guitariste Johanna Weckesser.
Baumgärtner fait un travaill de fourmi pour modeler le son du groupe et donner du relief à la relation fusionnelle entre les deux frangins, qui vont même jusqu'à se confondre dans un morceau comme « Hymnos ». Baumgärtner effleure ses cymbales, trouve des trésors de finesse pour ouvrir un espace plus large et un grand relief à ce climat général très soyeux.
On pourrait craindre, lorsque l'album s'ouvre sur « Dance of Disappearance », et sa basse lancinante posée sur une guitare d'outre-galaxie qui s'enfle comme un trou noir, que l'on soit en face d'un des avatars plus ou moins arty de Radiohead, mais tout cela est très vite balayé.
Le choix du nom Melt n'est pas fortuit. C'était certes le nom de leur premier album lorsque le groupe s'appelait encore Meyer/Baumgärtner/Meyer, mais cela évoque avant tout le mélange, l'empilement des influences qui peuvent venir certes de la pop, mais aussi de la musique électronique et d'un jazz omniprésent et parfois très contemplatif, notamment lorsque la guitare de Peter Meyer prend le dessus : « Where Fears Go » permet par exemple de constater que l'influence de Frisell est patente.
Voilà un disque plein de surprise qui permet de découvrir trois jeunes pousses berlinoises dans un album qui mérite d'être écouté profondément, en se laissant dépasser par l'écume des choses. Les petits détails des grands paysages d'Hymnolia, les cavités secrètes qui se forment dans le discours commun offrent de luxuriants recoins pour qui sait les trouver.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

 

02-Ferguson