Avant toutes choses, et comme j'aime avant tout me tirer une balle dans le pied à l'orée de certaines chroniques, je vous invite à propos de ce disque de Christophe Marguet et Daniel Erdmann à aller consulter le texte de mon camarade Olivier Acosta qui l'élit pour Citizen Jazz et qui cerne à merveille Together, Together ! dans ce qu'il a de plus remarquable : premièrement, un son magnifique capté au Césaré où le récent disque d'Olivier Benoit et Sophie Agnel avait été lui même enregistré.
Ensuite, deux musiciens en liberté qui ont passer plusieurs années à échanger dans une formule des plus sommaire qui laisse toute la place aux inventions et au prises de paroles. Enfin, une formule batterie/saxophone qui reste également très référentielle dans la Tout cela semble inscrire ce duo dans une grammaire délibérement noire-américaine, mais en y instillant l'approche de la musique improvisée européenne telle que la pratique avec talent ces deux solistes.
L'entrelacement entre les deux approches, les deux cultures est d'une subtilité qui fait les beaux albums. De loin en loin, et dès "In Motion" et la frappe bondissante de Marguet prise au vol par Erdmann, on songe également aux duos que le batteur allemand Günter Baby Sommer a enregistré avec des saxophonistes délibérément Free comme Ekkehard Rössle ou Raymond Mc Donald. Notamment dans l'approche extrêmement musicale et vibrante de la percussion.
Il suffit pour s'en convaincre d'écouter le délicieux "African Flower" d'Ellington, une des deux reprises avec le "Lush Life" de Strayhorn, et certainement l'une des plus belle interprétations de l'album. Le ténor furète avec tranquillité au milieu des peaux frappées pleine main par le batteur, puis revient au thème...
Il y a un mélange de clarté et de complexité, de chaleur diffuse et de débit profond qui laissera place à la cascade titre "Together, Together !", mot d'ordre martelé dans un format très court, comme un précipité d'un démarche bicéphales. Avec Erdmann et Marguet, on se ballade. C'est un état que le saxophoniste aime bien : mâtiner d'étrange et d'errance ses flâneries, comme dans le très beau "1984" où le saxophone circonvolue avant de devenir plus agressif à mesure que la frappe de Marguet s'affirme.
Chaque morceau détient son âme propre, dessinée à main-levée par Marguet. Sur le "One rythm One Melody", ce sont des balais encrés par le son trainant d'Erdmann aux allures d'eau-forte. Sur "Sur le fil illuminé", c'est une arabesque ininterrompue des futs que le ténor suit comme un pinceau largue ses aplats de peinture, ultime effet de la toile de fond avant de se lancer lui-même dans une mise en relief abstraite.
Les références sont très lisibles et font songer, par endroit, à ce qu'Emile Parisien et Vincent Peirani pouvait rechercher dans Belle Epoque, cette volonté de toujours être sur la crête de leur propre langage. Mais l'échange entre Erdmann et Marguet est moins impétueux, plus coloriste. Ils ne cherchent pas nécessairement le pas de deux et l'amalgame, mais la concorde au plus profond du thème. Les morceaux sont signés à quasi parité entre les solistes, ce qui permet d'apprécier leur grande qualité d'écriture, connue depuis longtemps. Ecoutons le pénétrant "Hommage(s)" de Marguet, le plus long morceau dans cette série de miniatures, pour apprécier à la fois sa grande simplicité et sa grande plasticité.
On avait laissé le batteur dans un sextet franco-américain, après l'avoir vu conquérir à chaque album avec Abalone un pupitre supplémentaire ; ce n'est ni une syncope ni un contretemps de le retrouver ici, toujours sur le fidèle label de Régis Huby. Le duo retourne à l'essence des choses. On aurait tort cependant de ne pas voir une certaine continuité avec Constellation. On y trouve la même volonté de faire se parler les deux rives de l'Atlantique.
On attend la suite avec impatience, certain qu'à l'avenir, ces deux-là vont grossir leurs rangs. Après tout, c'est une habitude, chez Marguet...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

05-Zoizo