Il y a toujours plusieurs façons d'aborder la musique populaire, en ce sens qu'elle fait écho à un imaginaire collectif d'émotions comprises et partagées par le plus grand nombre. Il y a la façon ordurière, qui consiste à décider unilatéralement que ce qui est le plus flatte couillon possible est suffisant pour le petit-peuple, et ça sautille comme des sardines au moindre camping. Il y a la méthode plus classique, qui consiste à se dire que le patrimoine populaire est immuable et générationnel, et ça secoue les permanentes régécolorées dans les réfectoires d'accueil senior.
Et puis il y a celle des musiciens du Brass Danse Orchestra, quartet de soufflants et soufflet dont le label Yolk nous propose le premier album, la danse du souffle : elle consiste à prendre à bras le corps un patrimoine et à en faire sa propre carte, du Tendre si possible. C'est une démarche commune chez des musiciens improvisateurs habitués à naviguer de styles en stlyles avec agilité et poésie, on avait pu notamment le voir avec le disque de Frank Tortiller après son passage en direction de l'ONJ et qui explorait ce genre de répertoire.
Les quatre musiciens qui forment le Brass Danse Orchestra (BDO) sont eux aussi des habitués des orchestres en grand format européens, et ce paradigme commande sans doute les arrangements luxueux que nous retrouvons dans ce premier album ou compositions nouvelles et traditionnels se mélangent avec bonheur.
De fait, lorsqu'on compulse le Line-up, on pense au Gros Cube et aux orchestres de Machado et Caratini, Au MegaOctet et à l'Orphicube, ainsi qu'aux divers ONJ à travers les époques ; ils ne sont pourtant que quatre, mais leur musique fait le nombre.
En témoigne ce magnifique "La Valse des Rentières", écrit par le tubiste François Thuillier et qui a la légèreté des ritournelles crépusculaires, celles des fins de fêtes, quand les pistes se vident et que les lampions vacilllent.
Dans ce morceau, le tuba de Thuillier tient une ligne de basse fluide sur laquelle l'accordéon de Didier Ithursarry glisse avec délicatesse.
Cette base mouvante permet aux deux voix, aux deux "chanteurs" du quartet, le trompettiste Geoffroy Tamisier et le tromboniste Jean-Louis Pommier (qui chantera d'ailleurs, vraiment, le "A bicyclette" de Montand), deux grands anciens du label Yolk, d'interpréter les thèmes et de les emmener aux grés de leurs envies, passant de traditionnels en traditionnels, de régions en régions sans appuyer le propos, avec une douceur peu commune.
On retrouve cela également dans cette reprise de "Indifférence" de Tony Murena, arrangé là aussi par Thuillier, et célébré régulièrement par Minvielle. Le thème est pris ici à bras le corps par le trombone ; Pommier est très en avant dans l'ensemble de l'album, du growl au glissandi. Ici, cette "Indifférence" semble s'extiper d'un groove mouvementé toujours tenu par Tuba et accordéon. C'est d'abord le tuba qui s'échappe avec la légèreté sautillante des éléphants gymnastes avant que le trombone ne le fasse tournoyer. Pour peu que ce thème vous ravisse (il suffit d'avoir des oreilles et un coeur, en option), tout ce qui en capacité de dodeliner suivra.
Laissez aller, c'est une valse.
Car La danse des souffles n'usurpe pas son nom ; à tout moment, on danse. De "La vie en rose où l'accordéon fait un pas de deux avec le son toujours acidulé de la trompette de Tamisier jusqu'aux sautillements du traditionnel basque "Mutil Gatze", le corps suit l'oreille, intrinsèquement.
Cette Danse des Souffles est intrinsèquement le genre de sucreries musicales qui rend joyeux. Ce serait un tord de s'en priver.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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