Il est souvent question de rechercher le modèle parfait en terme de trio ; la pièce géométrique délicatement ouvragée qui s'imbriquerait parfaitement, hors de tout Taylorisme mainstream, rabotée par des artisans consciencieux et poli par le temps. Peu s'en approchent, et quand bien même : comme le graal, la quête est plus importante que la découverte.
Parmi ces trios qui s'approche de cette perfection, le Tamarindo de Tony Malaby, qui signe ici son troisième album, après avoir accueilli le temps d'un live la trompette de Wadada Leo Smith fait partie du peloton de tête. On sait Tony Malaby très à l'aise dans la formule en trio ; on se souvient notamment de son Cello Trio avec Fred Lonberg-Holm.
Mais il conviendra d'être plus direct. Y-a-t-il au fond une formule dans laquelle le saxophoniste n'est pas à l'aise ? D'album en album, le jeu à la fois velouté et puissant de l'américain fait merveille, que ce soit en sideman comme en leader.
Alors évidemment, dans ce Somos Água enregistré pour le décidément indispensable label lusitanien Clean Feed, son ténor -singulièrement, même si on le retrouve au soprano également, dans un registre beaucoup plus chambriste- fait merveille, donne le ton, s'instille au centre de ses comparses, acidifie la relation entre le batteur Nasheet Waits et le contrebassiste William Parker par un jeu en suspension, à la fois léger et acéré.
Ainsi, "Mule Skinner" qui s'ouvre sur un échange très Colemanien -tendance Ornette- entre Parker et Waits se retrouve scindé par le jeu fièvreux du saxophoniste. Malaby n'arrondit pas les angles, il les rend obtus, élargi les distances. Fait de la place en quelque sorte, pour que le propos du trio est plus d'espace.
Mais il serait injuste de ne laisser la responsabilité d'un tel disque au seul Malaby. Ses deux comparses ont largement leur part de responsabilité dans le plaisir que l'on prend à l'écoute.
Nasheet Waits fait partie de ces batteurs dont on se demande s'il y a un rythme cardiaque limite qui les oblige à s'arrêter. Il ne s'agit pas de glorifier une quelconque prouesse technique qui masquerait mal une subjugation de la prouesse physique. D'autant que cette omniprésence d'une polyrythmie frénétique peu parfois être un peu trop lourde, comme ça peut être le cas dans Tarbaby, mais la grande diversité de ses frappes peut être fortement impressionnante. Le jeu tout en rupture qu'il produit sur "Little Head" permet à Malaby de tirer de larges traits caustiques soutenus par le métal des cymbales que Waits privilégie ici.
Sa relation avec William Parker est aussi tout à fait remarquable. Immédiate, même, pourrait on dire, quand on se plonge au coeur de "Somos Água"lorsque le ronflement de l'archet semble répondre au souffle des cymbales.
Que dire de William Parker qui n'ait été dit ? On retrouve ici son jeu rugueux et plein qui n'a besoin de nul autorité pour s'imposer. Qu'il lance un trait plein de groove au début du "Mule Skinner" ou qu'il fasse une remarquable transition à l'archet entre ce morceau et le très beau "Loretto" qui lui fait suite, il est toujours dans la justesse et le geste idoine. C'est cet archet fouisseur, pénétrant, itératif presque qui mène avec beaucoup de poigne la longue pièce centrale "Can't Find You" qui offre un multitude de directions presque simultanées, dans lesquelles le trio s'engouffre avec un sentiment d'inexorable.
La clé de cet album tient dans son titre. Il est souvent question de rechercher le modèle parfait en terme de trio ; la pièce géométrique délicatement ouvragée qui s'imbriquerait parfaitement, hors de tout Taylorisme mainstream, rabotée par des artisans consciencieux et poli par le temps. Peu s'en approchent, et quand bien même : comme le graal, la quête est plus importante que la découverte.
Parmi ces trios qui s'approche de cette perfection, le Tamarindo de Tony Malaby, qui signe ici son troisième album, après avoir accueilli le temps d'un live la trompette de Wadada Leo Smith fait partie du peloton de tête. On sait Tony Malaby très à l'aise dans la formule en trio ; on se souvient notamment de son Cello Trio avec Fred Lonberg-Holm. Mais il conviendra d'être plus direct. Y-a-t-il au fond une formule dans laquelle le saxophoniste n'est pas à l'aise ? D'album en album, le jeu à la fois velouté et puissant de l'américain fait merveille, que ce soit en sideman comme en leader.
Alors évidemment, dans ce Somos Água enregistré pour le décidément indispensable label lusitanien Clean Feed, son ténor -singulièrement, même si on le retrouve au soprano également, dans un registre beaucoup plus chambriste- fait merveille, donne le ton, s'instille au centre de ses comparses, acidifie la relation entre le batteur Nasheet Waits et le contrebassiste William Parker par un jeu en suspension, à la fois léger et acéré. Ainsi, "Mule Skinner" qui s'ouvre sur un échange très Colemanien -tendance Ornette- entre Parker et Waits se retrouve scindé par le jeu fièvreux du saxophoniste. Malaby n'arrondit pas les angles, il les rend obtus, élargi les distances. Fait de la place en quelque sorte, pour que le propos du trio est plus d'espace.
Mais il serait injuste de ne laisser la responsabilité d'un tel disque au seul Malaby. Ses deux comparses ont largement leur part de responsabilité dans le plaisir que l'on prend à l'écoute.
Nasheet Waits fait partie de ces batteurs dont on se demande s'il y a un rythme cardiaque limite qui les oblige à s'arrêter. Il ne s'agit pas de glorifier une quelconque prouesse technique qui masquerait mal une subjugation de la prouesse physique. D'autant que cette omniprésence d'une polyrythmie frénétique peu parfois être un peu trop lourde, comme ça peut être le cas dans Tarbaby, mais la grande diversité de ses frappes peut être fortement impressionnante.
Le jeu tout en rupture qu'il produit sur "Little Head" permet à Malaby de tirer de larges traits caustiques soutenus par le métal des cymbales que Waits privilégie ici. Sa relation avec William Parker est aussi tout à fait remarquable. Immédiate, même, pourrait on dire, quand on se plonge au coeur de "Somos Água"lorsque le ronflement de l'archet semble répondre au souffle des cymbales.
Que dire de William Parker qui n'ait été dit ? On retrouve ici son jeu rugueux et plein qui n'a besoin de nul autorité pour s'imposer. Qu'il lance un trait plein de groove au début du "Mule Skinner" ou qu'il fasse une remarquable transition à l'archet entre ce morceau et le très beau "Loretto" qui lui fait suite, il est toujours dans la justesse et le geste idoine. C'est cet archet fouisseur, pénétrant, itératif presque qui mène avec beaucoup de poigne la longue pièce centrale "Can't Find You" qui offre un multitude de directions presque simultanées, dans lesquelles le trio s'engouffre avec un sentiment d'inexorable.
La clé de cet albul tient dans son titre. Somos Água. Nous sommes de l'eau. Effectivement, on ne peut que constater des similitudes avec le liquide et son aptitude à occuper l'espace de manière inexorable, à percoler doucement et avec patience ou à monter soudainement avec une puissance incalculable. On pourrait même aller plus loin. Ce troisième album signe une formule assez symbiotique et homogène entre les trois musiciens. Le propos est limpide.
C'est peu de dire que ce disque est raffraichissant.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

11-Somos-Agua