Ils sont nombreux les trombonistes, dans le paysage actuel à nous impressionner de leur technique et l'approche sensible de leur formidable instrument. Soit entendu bien sur que je suis toujours très objectif sur l'instrument à coulisse. Nous avons eu l'occasion de le constater avec le remarqué Vertigo Quartet de Nils Wogram, entre autres. Pour le reste, on peut citer en vrac Gueorgui Kornazov (bientôt sur Citizen Jazz), Samuel Blaser, Yves Robert ou encore Reut Regev.
Liste non contractuelle et forcément peu exhaustive.
Et puis il y a Fidel Fourneyron qui est un skipper du jazz et des musiques improvisées comme on en fait peu par génération ; le genre du musiciens qui naviguent de styles en genre et d'ilot en chapelles sans jamais perdre son cap, ce qui est déjà remarquable. Fidel, on le trouve au sein du dernier spectacle de Papanosh autour de Mingus. Il a fait partie de l'occidentale de fanfare. On le voit avec Ducret. Il vibrionne au sein de Radiation 10 et de l'ONJ d'Olivier Benoit... Mais aussi avec Laurent Mignard dans sa visite du patrimoine Ellingtonien au sein du Duke Orchestra.
Grand Ecart ? Non.
Musicien.
Elle témoigne avant tout d'un spectre étendu d'intervention et d'une insatiable curiosité. On notera néanmoins un attachement à une forme de tradition qui ne serait ni immobile ni confite, mais qui serait le terreau des expérimentations à venir. C'est dans cette optique, comme elle était celle d'Emile Parisien et Vincent Peirani dans Belle Epoque, qu'il faut envisager Un Poco Loco, sorti en trio sur le label Umlaut et soutenu, comme c'est le cas de tous les side-project des musiciens de l'ONJ par ONJAZZ fabric.
Une promenade en brigade légère au cœur du Be-Bop des années 50 et singulièrement de la musique de Dizzie Gillespie en compagnie du multianchiste Geoffroy Gesser, aperçu chez Coax dans un duo récent (Bribes) et le contrebassiste Sébastien Beliah qu'on avait déjà pu voir chez Umlaut au côté de Pierre-Antoine Badaroux.
On se souvient en début d'année de l'orchestre Die Hochstapler qui adjuvait la musique de Braxton à celle d'Ornette Coleman pour s'approprier un nouveau matériel au brillant alliage. A l'écoute de « Bark for Barksdale » de Gerry Mulligan, et cette rythmique de guingois fait de souffle et de cordes sur laquelle le trombone tourbillonne, on ne peut qu'y trouver là aussi quelques similitudes qui touchent largement plus le fond que la forme.
Le choix des morceaux ne résultent pas du hasard, et le disque qui arbore la belle peinture Un Fou de Marc Reichlich se conçoit comme un tout. Comme un mix, presque, dans lequel les deux soufflants et le contrebassiste mettent un soin particulier à donner une atmosphère contenue qui tressaillerait à chaque son, qui se nourrirait de chaque silence pour donner à des morceaux pourtant né dans un contexte orchestral luxuriant et marqué par une certaine forme d'exotisme latin.
En témoigne le « Tin Tin Deo » de Gillespie devient un chant assourdi où le thème se partage entre l'archet de la contrebasse et le growl du trombone.
On a le sentiment parfois d'être au milieu du rouage d'un orchestre plus large qui n'existerait que dans l'imaginaire collectif des trois musiciens. Mais l'insistance de leur songe nous le fait entendre comme en relief : la batterie y serait tout à tour remplacé par les slaps du ténor ou les pizzicati secs de Beliah (« Ca-Lee-So »)...
Les thèmes ont tellement imprégné le jazz qu'on les devine à peine il sont joué, qu'ils peuvent apparaître distendus mais jamais méconnaissables, comme c'est le cas sur le célèbre « A Night In Tunisia » de Gillespie encore qui revient au milieu des grondements par le jeu nerveux de Fourneyron. Il n'y a pas de volonté de travestir, mais plus de déconstruire. D'atomiser les formes en ne gardant que la structure et les relations naturelles entre les instruments. A commencer par le jeu choral entre le ténor et le trombone (« And Then She Stopped ») qui est le fil d'ariane de ce très intéressant premier album.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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