Depuis plusieurs années, le groupe Benzine du batteur Franck Vaillant, qu'on peut découvrir ces derniers temps aux côtés de Laurent Dehors, de la même façon qu'il est toujours fidèle à ses vieilles amitiés comme Sarah Murcia ou Magic Malik par exemple, est une entité à géométrie variable qui permet de soutenir des projets.
Au fur et à mesure des sorties discographiques, Benzine aura évoluer jusqu'à ce Raising Benzine entièrement renouvelé qui mêle des musiciens de la très jeune génération comme le guitariste Julien Desprez, habitué de ces pages, ou le multianchiste Antonin-Tri Hoang que l'on avait pu notamment découvrir au sein de l'ONJ de Daniel Yvinec à des musiciens plus âgées, comme Emmanuel Bex ou Malik, qu'on retrouve ici.
Avec This is a Trio, déjà sorti sur le label Abalone, on avait déjà pu constater que l'univers de Vaillant évoluait. Une musique plus massive, mais plus fureteuse aussi, qui accordait à merveille la volonté de Vaillant de s'inscrire durablement dans des musiques plus écrites et plus complexes sans se détacher d'un univers très urbain qui est le sien, absolument. On retrouvera d'ailleurs un morceau de This is a Trio en vidéo sur le disque avec l'excellent "Twisted Jambi".
Le jeu de Vaillant quant à lui reste le même.
On retrouve cette polyrythmie vibrante et foisonnante qui fait son style si particulier, et que l'on retrouve dans l'intense morceau "This is Part of The Game", où le jeu très profond de l'orgue Hammond d'Antonin Rayon vient se mêler à l'alto de Hoang. Les prises de paroles arrivent de toutes parts, donnant beaucoup de relief à une musique en continuel mouvement : la batterie est un flot continue sur laquelle la guitare de Desprez et son électricité à fleur de peau vient se poser, et s'emmèle avec le saxophone. Au centre, la voix puis la flûte de Malik semble orienter ce maëlstrom qui bouillonne mais n'implose jamais.
On est cependant pris dans le flot brûlant de cette électricité contondante qui semble jaillir de nombreuses influences : un jazz-rock latent si ce n'est mutant, du brulis de racines en provenance de Canterbury et un poil d'électronique.
Voilà pour la roche magmatique qui contient et préserve la chaleur.
Ca déborde, ça se répand sans jamais tergiverser ou se perdre en route. "Raising Benzine Part I" est un morceau tranchant comme du verre brisé où l'on retrouve dans la guitare de Desprez l'acrimonie qu'il avait dans Acapulco. L'Hammond ronfle, gronde; Malik retrouve la douceur insistante de Bingo. Vaillant échauffe tout cela sans jamais ne laisser de répit ; on se dit que ce Raising Benzine marche dans les brisures de ces moutures précédentes mais avec plus de puissance et de virulence. C'est fièvreux, irrespirable parfois tellement l'air est saturé de rythmes et d'électricité, mais ça fonctionne parfaitement. Cette musique est captée en live, et l'on se dit également très vite qu'il s'agit de son biotope absolu.
Raising Benzine fourmille d'échanges continuels.
Voici le noyau, le coeur, mais un tel flux ne peut se contenter d'une seule direction ; quand apparaissent des invités, comme la remarquable Maïa Barouh qui vient poser sa voix en même temps que le oud de Mahdi Haddab sur le profond morceau "Rattenkönig" qui s'envole en orient. Le champs des possibles est immense, on songe à des groupes comme Octurn dans cette façon de franchir les frontières en parfait cosmopolite, sans ce soucier des cases et des papiers.
C'est le sentiment que l'on peut avoir également à l'écoute des morceaux ou D' de Kabal vient poser sa scansion étrange et gutturale. sur "Même soleil pour tous" qui s'inscrit dans ce que proposait Fada il y a quelques années. Il y a une grande cohérence dans cet album très dense et addictif.
Vaillant n'a pas fini de bouger les lignes et de nous faire danser avec...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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