Il y a, chaque fois que l'on place un disque d'Airelle Besson sur une platine, une promesse.
Pas une promesse au sens prometteur, dans le sens ou la carrière de la trompettiste a passé depuis longtemps ce stade de la jeunesse bouillonnante pour acquérir celui de la valeur sûre, d'abord au côté de Sylvain Rifflet dans le fondateur Rocking Chair, mais aussi et peut-être surtout aux côtés de Didier Levallet pour un remarquable Voix Croisés, au côté de Del Fra pour un hommage à Chet Baker, du Pitié de Fabrizio Cassol et tant d'autres projets...
Non, la trompette d'Airelle, c'est une promesse de lumière et de souffle ; de clarté en un mot. Il y a dans ce timbre extrêmement soyeux les rhzimomes déposés par de glorieux ancêtres à l'instrument, à commencer par le regretté Kenny Wheeler, auquel on songe, sans cependant se limiter à ce carcan.
La trompette de Besson est libre. Intrinsèquement.
Airelle Besson est ce genre de soliste que l'on remarque tout de suite, dans n'importe lequel de ses participations. Avec Gabor Gadò pour Opéra Budapest, avec Sarah Murcia dans Caroline, avec Ferlet ou dans le Gros Cube d'Alban Darche. La Clarté, elle vient du détachement apparent. De cette simplicité de chacune des prises de parole.
La lumière, de ce sens du rythme qui accapare son souffle.
On en a l'exemple dans le magnifique "Pouki pouki" que l'on trouve sur Prélude, l'album enregistré avec le guitariste Nelson Veras, avec ce sentiment d'un pas de deux intempérant qui s'organise peu à peu jusqu'à la syncope : le guitariste et la trompettiste se répondent, se passent la parole, se répètent et se paraphrasent avec un goût évident du jeu. On en retrouve également trace dans le magnifique "neige", avec ce sentiment de mouvement comme un feu follet.
Le mouvement est permanent dans ce très beau disque, un mouvement sans brusquerie, sans table renversée, parfois imperceptible et toujours d'une réjouissante finesse, sans virtuosité inutile. A l'instar de la pochette, qui montre une trompettiste nonchalamment étendue dans un sable gris-blanc. Une détente gracieuse qui irise l'album.
Ces deux là se sont trouvés et ont beaucoup de chose à se dire. Ca n'empêche pas de prendre son temps.
Les deux musiciens cabriolent. Le guitariste Nelson Veras apporte un peu de sa culture brésilienne dans le propos, dans l'aisance de son jeu à la guitare sèche, sans que tout ceci soit prégnant ou plaqué. On en trouve quelques touches discrètes dans un morceau comme "Full Moon in K." ou bien sur dans cette reprise de Jobim ("O Grande Amor") ou même dans cette interprétation très recueillie de "Body And Soul" qui témoigne de l'attachement des deux musiciens pour un patrimoine jazz envisagé comme un manière d'aller vers l'autre plutôt que comme un sentiment d'appartenance. On retrouve le guitariste au calme agile d'Heliopolis ou de Octurn, qui comme sa comparse n'a jamais besoin d'en faire trop pour donner le meilleur de lui-même. La simplicité est de mise ici.
Elle est éclatante.
Il y a beaucoup de liberté dans ce disque léger. Pas léger au sens de "sans importance". Léger au sens de la mousseline.
La Liberté est partout, et s'empare des vieilles pierres de la chapelle du Méjean à Arles ou a été enregistré cet album. C'est sans doute ce qui lui confère entre autre cette atmosphère si particulière et recueillie qui explose dès "Ma Ion" qui ouvre l'album : une sensation d'espace, de place pour batifoler, ainsi qu'une grande précision des timbres qui éclatent comme des petites bulles pétillantes quand ils s'entrecroisent.
Un petit bijou de volupté.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

 

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