Il y a un côté fascinant à comparer deux oeuvres à l'aune d'un parcours. Le compositeur et saxophoniste Alban Darche est prolifique, ce qui permet de juger de l'évolution de son travail. A travers le Cube, bien sur, qui le suit depuis le début de sa carrière de Trio en Orphicube...
Mais aussi à travers ses projets connexes, souvent destinés à un instrument et à un timbre ; ce fut le cas, dans des fabuleux disques parus chez Budapest Music Center, de Trumpet Kingdom, dont on imagine qu'il n'est pas question de harpe celtique, et de Stringed, consacrant les cordes, enregistré avec son "trio hongrois" (Boisseau / Gadó) et le RTQ String Quartet ou émargeait le violoniste habitué du jazz Balázs Bujtor.
C'était il y a dix ans.
Dix ans plus tard, revoilà Stringed, mais sur le label Cristal Records désormais. C'est peut être le sens de l'Horloge, nom du dernier album. Du temps qui passe. De ce marqueur du temps qui permet d'en voir les évolutions.
Une chose est sure, qui apparaît avec certitude dès "Tango Vieillot", le goût pour l'arrangement de Darche, dont on avait pu goûter toute la finesse dans My Xmas Trax, a bonifié. Il a gagné en finesse, en clarté, mais aussi en humour. On le constatera dans l'excellent "Le Temps qui passe" quand vient en reminiscence un thème des Parapluies de Cherbourg qui s'extrait de la masse orchestrale avant de glisser de nouveau dans le flot des discussions agiles entre toutes ces cordes.
Mais c'est surtout lorsque l'orchestre entame "Quatuor la loi", premier de trois mouvements, que l'on perçoit la grande douceur qui a gagné la musique de Darche. Le morceau était également présent sur le disque de Budapest Music Center ; les échanges constants entre le trio et le quatuor à cordes ne sont plus antagonistes, il sont absolument fondus. Ce qui pourrait tendre vers une option résolument chambristre laisse apparaître un groove lumineux
Car la formule n'a pas changé. Un septuor où le saxophoniste est la mouche du coche harmonise des dialogues chambristes et néanmoins dansants.
Mais L'Horloge est beaucoup plus fluide.
Le trio à changé, comme tous les musiciens. C'est Fred Chiffoleau, peintre chez Francis qui est à la contrebasse où il apporte un sens du rythme assez franc, souvent en pizzicati sur laquelle l'ensemble s'appuie avec confiance.
A la guitare, ce n'est plus le son traînant et reconnaissable entre tous de Gadó, c'est David Chevallier qui met au service de cette exploration des cordes sa sensibilité Baroque, et surtout son sens du contrepoint qui donne à un morceau comme "Le Tango vieillot" où la guitarre de Chevallier semble vouloir forcer le passage entre les deux violonistes, où l'on retrouve Marie-Violaine Cadoret membre par ailleurs de l'Orphicube. 
L'autre violoniste, c'est le roumain Marian Iacob Maciuca. Il apporte, à l'instar du violoncelliste François Girard et du remarquable violon alto Loïc Massot une teinte d'Europe Centrale qui a toujours sied au teint de la musique de Darche.
On doit dire ici à quel point cet Orphicube est devenu la Pierre de Rosette de la la musique de Darche.
A chaque instant, dans l'Horloge, on songe à cette appropriation de la musique populaire dans un processus complexe qu'a été un disque comme Perception Instantanée. On ne peut que le remarquer dans "Polka", sans doute le sommet de l'album. La phrase déguingandée du ténor est repris par l'ensemble de l'orchestre avant que Chevallier n'empreinte quelques chemins de traverses sous l'impulsion de la contrebasse. Il y a un blues étonnant qui sort de ce creuset.
Ca n'aurait pas déplu à Bartók qui est à l'honneur ici. Le sens de la danse et de l'écriture. On avait déjà perçu cette influence dans le premier Stringed avec les 5 mouvements de la "Magyar Suite". C'est ici éclatant. Le morceau percute ensuite une ritournelle populaire. Ce disque est magnifique.
Il se bruisse qu'en ce moment, Alban Darche travaille avec Jean-Christophe Cholet et Matthias Rüegg un travail autour du Tombeau de Poulenc.
En si bonne compagnie, on à hâte !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

10-Rue-de-L'amer