Le multi-instrumentiste Fabien Debellefontaine a un parcours comme on les aime ici.
C'est à dire faisant fi des routes déjà tracées et des étiquettes. Sa culture musicale est double, au moins. Celle des conservatoires, ce qui en fait un saxophoniste recherché qu'on retrouve au sein de Big Four ou surtout de Ping Machine dont il est l'un des piliers. Celle, plus fanfaronne des musiques déambulatrices où l'on le retrouve à l'euphonium ou au sousaphone avec le 112 Brass Band.
Cela confirme ce qu'il dit lui-même : il est multisicien. 
C'est dire l'intérêt qu'il convient de porter à ce 1000 Bornes Trio, une petite surprise autoproduite que le musicien (également graphiste) propose avec deux amis d'enfance, le batteur tourangeaux Matthieu Desbordes, déjà aperçu au sein de la Compagnie Frasques et chez Bruno Regnier, et le contrebassiste allemand Markus Braun, également ingénieur du son.
L'approche globale de ces musiciens trentenaires rentre parfaitement dans cette mutualisation de la pénurie, dont nous reparlerons bientôt. Tout ici est fait maison, de la pochette à l'enregistrement avec un niveau de qualité remarquable.
C'est d'ailleurs Braun qui enregistre ce Piof, ce qui permet de juger de la qualité de son travail. Dans un morceau comme "Esther", belle composition du saxophoniste, l'équilibre est partout et solide. Entre les trois pointes du triangle, dans l'espace entre les musiciens et autour de la belle profondeur laissée à la contrebasse.
Pour certains, le 1000 bornes est synonyme d'ennui, de jour de pluie, d'après-midi interminables après le gigot le dimanche chez les cousins ; pour Debellefontaine et ses potes, c'est plus que ça. Il s'agit plutôt d'une retrouvaille autour des souvenir d'enfance qui empreinte son immédiateté à la vitesse de l'hirondelle (200 km/h, si mes souvenirs -lointains et pénibles- sont bons).
C'est ainsi que dans "La Bretagne ça vous gagne", le morceau inaugural, on est frappé par l'énergie et le mouvement entre les musiciens qui va pêcher dans une espièglerie enfantine qui fera songer à des groupes comme La Campagnie des Musiques à Ouïr ou Pulcinella.
Une direction que l'on retrouvera dans le réjouissant "Piof", qui n'est pas seulement que l'interjection étouffée d'une cymbale giflée, mais aussi le signe d'une grande vivacité de l'alto qui s'échauffe au coeur d'une rythmique très volubile et musicale où Braun s'illustre à l'archet.
La musique "de rue" est également proche, ce qu'on constate sur la scie des Bandas Bayonnaises "Vino Griego" que le trio suggère, parfois presque de manière lointaine et poétique au milieu des percussions pointillistes de Desbordes. Le morceau devient une sorte de ritournelle de guinguois et pourtant fort familière.
On retrouve également cette direction, mêlé avec une connaissance qu'on imagine vaste du jazz et de ses rhizomes dans le "Princess" de Jimmy Giuffre que Debellefontaine aborde à l'euphonium pour une relecture personnelle et séduisante. On ne peut s'empêcher de songer à ce duo de deux musiciens proches, Schwab et Soro, qui nous avaient conté une histoire d'amitié musicale récemment chez Neuklang. On touche avec Piof avec cette même liberté intime. C'est peu de dire que c'est un moment bien agréable.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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