Arrivé depuis plusieurs mois dans la galaxie des labels qui cherchent et qui jettent du sel dans la plaie des musiques trop conformes aux étiquettes, le label BeCoq étonne depuis le début par ses choix éditoriaux et son positionnement aux confluents de diverses origines de plus en plus connexes entre Free Jazz, Musiques Improvisées et Noise, tout en se mirant parfois dans les reflets du Métal.
Bref une musique exigeante, parfois dérangeante mais toujours riche de rencontre et de découvertes. On notera par exemple que le label originaire du nord de la France, décidément très riche en initiatives (on pense à Circum...), a très vite trouvé dans le Tricollectif quelques alliés de choix ; C'est ainsi que le label a proposé par exemple l'excellent duo Durio Zibethinus, mais surtout la récente rencontre entre Walabix et Bart Maris...
Mais aussi, au-delà d'Orléans quelques trésors de Power Trio, comme Eliogabal qui avait été remarqué dans ces pages ou Hippie Diktat pour Citizen. Chacune des sorties est donc attendue, et le label commence à se faire une petite renommée au-delà du cercle pas si restreint des valseurs d'étiquettes et des curieux de tous ordres, à tel point que le voilà pris d'une radieuse fièvre publicatrice.
Cinq disques, d'un coup.
Comme un panorama de nos musiques, ou du moins conçu comme tel, dans un joli coffret noir, ou bien à l'unité. La tentation de la facilité aurait été de faire un long billet sur ces cinq sorties conjointes, mais cela n'aurait pas rendu grâce à la grande diversité de ce coffret, qui plus est revendiquée.
Alors comme un hommage au label de l'ami Thomas Coquelet, nous allons sur cinq billets et quatre jours évoquer chacune de ces sorties. A commencer par la première, et l'une des plus étonnante.
Elle concerne Cactus Truck, formation qui tourne sur la scène Free Européenne depuis la décennie précédente ; Are You Free ?, onzième occurence du label BeCoq est le quatrième album du quartet, il sort presque concomitamment avec Seizures Palace, album du trio sorti sur le label balte Not Two. C'est un album live, court, râblé, violent, enregistré au Are You Free ? Music Festival de Dunajská Streda, en Slovaquie.
Il pose en trois morceaux ponctué comme des sentences la question incontournable à qui veut plonger tête la première dans le chaos.
Are. You. Free ?
La réponse coule de source. Moi, je ne sais pas, peut-être suis-je comme l'homme au cerveau en cage, beau visuel de la pochette ; eux le sont. Terriblement. Euphoriquement. A grand renfort de cri et de cordes heurtées.
Basé aux Pays-Bas, le trio regroupe le saxophoniste étasunien John Dikeman et deux musiciens bataves qui malgré leur jeune âge ont déjà quelques collaborations alléchantes. On pense notamment au batteur Onno Govaert que l'on a pu notamment croiser avec Peter Brötzmann. Son comparse Jasper Stadhouders est guitariste et bassiste, alternativement dans Cactus Truck. Il participe avec lui à un trio avec le bassiste batave Wilbert De Joode (à la guitare), mais on le découvre également avec Ingrid Laubrock (à la basse) dans le quartet Lily's Deja Vu, qui est également à suivre en ce début d'année. Quant à Dikeman, on a pu le voir aux côtés de Joe McPhee, mais aussi avec le batteur Klaus Kugel.
Une association comme un panorama du Free mondial, en quelques sorte...
Cactus Truck, c'est le bruit et la fureur. Dikeman est une balle bondissante qui se cogne en tout coin dans "Are", cherche la sortie, embroche la basse et se fait attraper par le travail extrêmement structurant de Govaert. Il y a notamment ce moment jouissif où un groove inattendu vient se saisir d'un ostinato hurlé par le ténor.
"You" est un morceau moins urgent, qui fait presque à lui seul les deux tiers d'un album qui dépasse à peine la demi-heure. Il prend le temps d'offrir à chacun un soliloque plus ou moins long, assez lyrique et "coltranien" pour Dikeman au début du morceau, tout en tension à la guitare cette fois pour Stadhouvers et toujours aussi bâtisseur pour le batteur. Quant à "Free ?", c'est un précipité de quelques secondes.
Un Cri.
Avec Cactus Truck, BeCoq affirme son goût pour les musiques acides, virulentes et sans filet qui s'inscrivent dans une certaine tradition du Free. On ne saurait que s'en réjouir.
La suite demain...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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