Dernier volet des cinq disques du coffret du label BeCoq, également disponibles de manière indépendante, et qui visite en profondeur les mouvances musicales qui gravitent autour de ce label entre le Free, la Noise, la Musique Improvisée et tant d'autres influences sans jamais s'enfermer dans une petite case limitatrice.
Le patron de ce label, Thomas Coquelet, est également musicien. On a pu le découvrir à la basse au sein du très sombre Eliogabal. Après avoir consacré quatre disques à la musique des autres, parmi lesquels des fidèles comme Valentin Ceccaldi pour le MilesDavisQuintet!, il était temps de penser un peu à sa propre musique.
C'est ainsi qu'on le retrouve au sein du quartet Meurs!+Apolune, en compagnie notamment du saxophoniste Matthieu Lebrun, que nous avions déjà aperçu dans Bengalifère, qui se piquait d'étrangeté.
L'atmosphère est ici aussi fort singulière, mais beaucoup plus lourde que le chat-oiseau.  Les deux morceau sont très sombres, et Coquelet a troquer sa basse pour une guitare préparée, sans perdre en noirceur. A ses côtés, on découvre Paul Ménard dans un rôle similaire. Ménard est également membre de Eliogabal ; aux brisures électriques pleine de hargne, de la bile froide puisque c'était l'image, le présent groupe a préféré une sorte de vague inéluctable de sons mêlés, envahissants et troublants. Aux côtés des deux amis, une troisième guitare, celle de Léo Rathier, que l'on retrouve aux côtés de Matthieu Lebrun dans l'orchestre MST, proche du Tricollectif.
Comme on se retrouve, et comme on aime bien raccrocher les wagons !
Les deux musiciens d'Eliogabal ont troqué la rage pour devenir de véritables générateurs de bruits ultrasensibles. Ils en jouent comme autant de masques superposés. Dans "30'00", le second morceau qui porte comme WATT le sobre nom de sa durée, cette approche hyper-charnelle de l'électricité créé un drone suraigu qui confine parfois à la douleur et se mélange au son des doigts humides sur les verres.
Mais il ne faut pas penser que tout est tranquille et inéluctable.
Le morceau évolue, va vite, grossit, se retourne... Matthieu Lebrun use de toutes sortes d'instruments à anches, parmi lesquel des saxophones qui vont du sopranino au baryton. Les timbres du premier se mélangent aux crissements du cristal, et dans la seconde partie du morceau, le saxophone baryton vient rendre coup pour coup à une fièvre qui monte de la guitare de Rathier, jusqu'à ce qu'une rythmique née d'un micro-contact entraine le flux tout ailleurs.
La musique du quartet se construit autour de ces unisons invasifs auxquels nous faisons face, parfois rétif mais très vite balayé par la densité de ce que l'on croise dans l'intéraction entre les musiciens. C'est peut être encore plus sensible sur "8'38", le premier morceau, qui est une sorte de brouillard de frappes et d'électricité engoncé dans une boucle de souffle. Evidemment, on aimerait peut être un peu plus de mouvement, et des accélérations plus soudaines à l'image des disque des univers de Christoph Erb par exemple, mais ce qui se trame sur ce disque saisira l'auditeur curieux.
Densité, concentration, poésie brut des sons et de leur ordonnancement, Meurs!+Apolune utilise les mêmes épithètes que les autres disques du label tout en ayant son univers sonore propre. C'est une belle manière de terminer ce panorama. BeCoq défend de nombreuses musiques, mais il y a une filiation entre elles. Même si elles paraissent ardues et confidentielles, elles emporteront ceux qui acceptent de lâcher prise.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

17-Ardèche