Dans le quatrième volet du coffret de BeCoq, se cache un poisson des profondeurs. Encore un ? Oui. Après Durio Zibethinus qui mêlait dans une approche très charnelle violoncelle et saxophone, voici Cardine Franche, une sorte de limande, qui allie une basse électrique et un clavier, tous deux perclus de pédales d'effet.
On sait la Noise omniprésente sur le label BeCoq, et Cardine Franche est certainement l'album le plus purement représentatif de ce courant musical dans ce coffret ou chaque disque peut être également acquis indépendamment. C'est également le plus électrique ; une électricité fiévreuse, presque malsaine parfois, qui percole de tous les instruments à la fois et qui gagne l'auditeur dans une forme de submersion.
Maximien Aldebert aux claviers et Yoann Bellefont à la basse sont deux musiciens lillois qui gravitent autour de l'indispensable Malterie. Il n'est pas étonnant de les retrouver au sein du label nordiste, tant leur univers musical est proche de ce que propose le label.
Cardine Franche, c'est avant tout le frottement permanent entre deux sources électriques ; une exacerbation des pôles qui naît dès "01_C.F-M-l-03.2013.1" dans un mélange de crachottis et de grondement. C'est intense, perturbant, troublant. Encore plus peut être lorsque sur le morceau suivant ces heurts électriques semblent venir par ondes, à la manière d'un poste de radio qui capterait quelque communication extra-terrestre.
Mais il s'agit d'une limande. Vive. Agile, et se repaissant des fonds marins.
Très vite on se rappelle que la Cardine Franche est un animal de mer, qui évolue dans un milieu hostile, froid, où la pénombre fait office de désert. L'électricité qui percole de la basse frappée à la baguette pendant que le clavier se lance dans un riff étouffé, c'est tout simplement une sorte de mise en danger permanente, une respiration intranquille.
Lorsque la batterie Marc-Antoine Moercant apparaît dans le morceau "C.F-M.L 03.2013.3" pour un seul titre, l'ambiance se fait encore plus lourde, puisqu'il sépare les deux sources électriques. Le morceau qui lui fait suite garde quelques traces de rythmes sur les cordes sourdes de la basse, jusqu'au silence le plus profond.
Comme les autres disques du coffret BeCoq, Cardine Franche est une expérience sonore intense. Comme Meurs!+Apolune dont nous parlerons dans le billet suivant (deux billets aujourd'hui !), Cardine Franche n'est pas nécessairement le disque le plus facile d'accès à quiconque n'est pas entièrement plongé dans la Noise Music. Mais c'est également le rôle indispensable d'un label comme BeCoq que de permettre à cette musique de marge de s'exprimer.
C'est indispensable !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

 

17-Bayonne