Les rencontres impromptues sont souvent les plus douces. Voilà ce qu'on se dit alors que la guitare acoutisque de Federico Casagrande croise l'élégance mélodique d'Enrico Pieranunzi dans les premières mesures de "Anne Blomster Sang", le morceau inaugural de Double Circle, paru sur le label italien Cam Jazz. Un morceau d'une grande finesse, fluide et harmonieux. Le duo devise tranquillement dans une ambiance lumineuse, c'est simple et joyeux ; une sorte de parenthèse
Les deux musiciens italiens sont des familiers du prestigieux label.
Le guitariste est certes un jeune venu, mais il a déjà plusieurs disques à son actif pour Cam, à commencer par le poétique At The End Of The Day qui reste l'une des jolies surprises de ce début d'année. Ces derniers mois, on l'a vu également au côtés de Roberto Negro pour le marquant Loving Suite Pour Birdy So ou au sein de son orchestre The Drop dans un registre plus électrique.
Quand à Pieranunzi, on ne sait par quel bout commencer... Regarder sa discographie est le meilleur moyen de se donner le tournis : Chet Baker, Chris Potter ou encore Kenny Wheeler...
Mais aussi des évocation de Fellini, de Scarlarti ou de Bach...
Dans sa collaboration avec Cam Jazz, il y a des formation mythiques Un trio avec Joey Baron et Marc Johnson auquel on doit notamment l'excellent Current Conditions. Confessons qu'on lui préfère celui avec Paul Motian et Charlie Haden, et principalement un languide Special Encounter.
La rencontre entre Pieranunzi et Haden est de celle qui marque.
Dans la décennie 80, à l'époque ou Federico Casagrande était tout jeune bébé, les deux hommes enregistraient des albums mythiques. On ne saurait faire abstraction, à l'écoute d'un morceau plein de nostalgie comme "Within The House Of Night", dans le velours mélodique de la main droite qui se joue en écho de la guitare quelque chose comme la simplicité des morceaux de First Song que le pianiste enregistra avec Haden et Billy Higgins.
Ce n'est d'ailleurs pas innocent si le dernier morceau de l'album se nomme sobrement "Charlie Haden". L'hommage est sobre, loin de toute oraison. Il reprend le format court de chacun des morceaux et le piano joue le jeu de la chanson que la guitare accompagne en insistant sur sa dimension rythmique.
La différence de génération est au coeur de l'album, mais elle ne recherche jamais l'opposition. Il y a ce pianiste aguerri et ce talent prometteur et chacun cherche la concorde. C'est toute l'image du double cercle : le piano au centre et la guitare en sa périphérie qui fait parler sa vivacité sans jamais bousculer son comparse. Même dans des morceaux plus nerveux, comme l'excellent et très court "Sector 1",  le dialogue ne se rompt pas, même s'il se craquelle dans une improvisation plus libre ("Sector 2").
Très vite, tout redevient serein, sur le mode de la ballade onirique ("Disclosure"), loin de cet échange plus électrique et plus heurté que Pieranunzi avait pu avoir avec le guitariste Jim Hall dans Duologues ; ici, la guitare de Casagrande est nue, sèche, et claire, sans effets particuliers.
On l'a vu depuis quelques mois, ces rencontres libre de deux musiciens offre des moments à part. C'est le cas notamment du duo entre François Ripoche et Alain Jean-Marie... On pensera ici surtout au Prélude d'Airelle Besson et Nelson Veras. Double Circle est de cet acabit.
On s'y trouve vraiment bien.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

19- Ville Portuaire-1