Membres du collectif 1Name4aCrew, qui anime parmi de nombreux autres l'heureuse région nantaise et sa scène pétulante, le trompettiste David Morand et le contrebassiste Jérémie Ramzak animent depuis plusieurs années le duo Ekko, qui propose avec ce premier disque un aperçu d'une musique atmosphérique, douce, pleine d'éther et de rêves. En témoigne "Génie", le premier morceau de cette courte visite où le timbre chaleureux de Morand vient se mêler au flux et au reflux de l'archet de la contrebasse, mer douce de fin de nuit d'été, où des lumières vacillent.
Il y a une sorte de confiance tranquille qui se diffuse de cet album ; quelque chose d'immédiatement brillant qui réchauffe, que ce soit dans les pizzicati boisés de Ramzak ou dans le jeu de Morand qui trahira quelques influences italiennes à chercher du côté d'Enrico Rava. Une impression confirmée par un morceau comme "L'Hiver" et le jeu lointain d'une trompette qui déambule, cherche le point exact de jonction idéal avec son partenaire.
On se doute également, au détour de "L'Horloge" et de ce cuivre suspendu qu'il y a des heures d'écoute du Miles Davis des années 70, ainsi que des musiques planantes où se mélangent électronique et électricité. Mais c'est une influence lointaine, rhizomatique mais loin d'être essentielle. 
L'essence, ici, c'est la musique organique, réduite au plus simple, définitivement chambriste, qui se dessine dans ces morceaux conçus comme des petites miniatures sensitives. Des images figées que le duo anime ("Matin")
C'est une image que le duo projette, puis l'image évolue, gagne en détail ou au contraire se pare de couleurs plus impressionnistes, quasi orientaliste sur le doux "Oraison/Soir" où la contrebasse profonde aménage le silence pour que la trompette lointaine puis de plus en plus entrelacée avec les cordes.
Ekko n'est pas une musique de mouvement, l'ambiance est plutôt étale et contemplative ; Ekko est une musique de déplacement, où l'architecture sonore se construit autour de la recherche d'espace dans une pièce qu'on imagine ample. Elle gagne même en espace avec la fusion des deux musiciens qui sont au delà de la complicité : les deux instruments se parlent d'un langage foncièrement fraternel. Les duos contrebasse/trompette sont rares, maison on songe, dans la musicalité de la basse, à des duos piano/trompette référentiels : Rava/Blake, Rava/Bollani qui se balladent dans l'imaginaire...
On avait eu l'occasion d'en parler, de ce jeune duo, lors de la rencontre des collectifs à Rouen en début d'année. Collision Collective avait invité Ekko à se produire à UBI, et dans Citizen Jazz, j'écrivais ceci : 
" la musique chambriste et propre à la rêverie du contrebassiste Jérémie Ramsak et du trompettiste David Morand accompagne idéalement les fauteuils douillets d’UBI, qui tranchent avec l’atmosphère glaciale du dehors. Le son très rond de la contrebasse est un port d’attache au large duquel la trompette navigue, s’emparant des espaces et de la proximité des spectateurs. La simplicité d’Ekko est un voyage miniature aux reflets changeants."
Force est de constater que le disque prolonge cette prestation et ce sentiment de confort et de quiétude. Un petit moment suspendu, un peu sucré, doucement délicat, parfait pour les siestes d'été.
Sûr que cette musique serait également la bande son idéal des hivers sous la couette...

03-Ekko