Dans la nébuleuse des collectifs de musique improvisée et de jazz de l'Hexagone et du monde francophone, Musique en Friche n'est peut être pas le plus connu, les têtes qui émerge ne sont peut être pas les plus en pointe, mais il faut se méfier de l'eau qui dort.
Avant de faire la chronique de Noeud-Col, le court album de Drifting Box Celebration sorti sur notre cher label BeCoq, dont j'avais fait au printemps une présentation exhaustive, il est nécessaire de revenir un peu sur le collectif.
Musique en Friche est auvergnat, et ce sera sans doute quelque peu étonnant pour certains de penser que la culture palpite aussi dans des secteurs a priori moins urbains et moins palpitant -au sens de la palpitation et de l'effervescence-. C'est bien se leurrer, car la province permet plus de latitude, plus de temps et de capacité de construction.
C'est exactement ce qui se passe ici : proche de Lyon, présentant des liens organiques avec l'ARFI, mais aussi avec ImuZZic, la bande où émarge le batteur Sylvain Marty, le contrebassiste Stéphane Arbon et le tromboniste David Audinet (que l'on aime particulièrement en ces pages) a eu tout loisir de construire un propos très personnel sans pour autant se couper de la lame de fond générale qui fait ce que j'appellerai désormais La République des collectifs -dont Collision Collective est la démonstration parfaite-.
On pourrait également parler de L'Auvergne Imaginée.
C'est ainsi qu'on a pu voir, outre la très arfienne fanfare Les Défrichés, des duos passionnants comme Audinet/Marty ou le vaisseau-amiral -il en faut toujours un- Drifting Box Celebration.
Entre deux, le quintet est devenu sextet, avec l'arrivée du tromboniste Audinet dans la mêlée de cette orchestre où le batteur Sylvain Marty a une place centrale, mais néanmoins pas prépondérante, tant le propos est collectif.
Il y a beaucoup de liberté dans Noeud-Col.
Les anches de Franck Pilandon et Clément Gibert semble venir de toute part, dans une atmosphère extrêmement spatialisée. C'est ce qui étonne principalement dans un morceau comme « Power Move », où un groove fiévreux et instable est sans cesse relancé par une mécanique très huilée où les timbres sont en constant mouvement. La batterie de Marty tient une rythmique chaleureuse, complexe sans se perdre dans des discours inutiles, laissant la contrebasse d'Arbon et le violoncelle d'Alexandre Peronny ponctuer ce propos très circulaire où les ruptures sont autant de manière d'insuffler une énergie nouvelle.
Marty est incroyable. Il est omniprésent, mais il ne s'arroge pas la parole, ne joue pas la surenchère. Ainsi, dans « Step Turn » qui ouvre l'album, il se cache dans les stridences de la clarinette et de l'archet du violoncelle par un roulement de pédale que ne renierai pas un groupe de métal. Ca semble ensuite partir dans tous les sens, mais c'est terriblement maîtrisé et très bien scénarisé.
C'est tout l'enjeu de Noeud-Col.
Le propos, oscille en permanence entre un éclatement et un rétrécissement autour de la batterie, mené par des instruments comme autant de voix. Le violoncelle les saxophones discutent, le trombone joue sans cesse la mouche du coche, usant de growl, de jeu d'embouchure particulièrement pertinent, comme une toile de fond. C'est particulièrement dans le morceau « Noeud-Col », dont l'écriture trahit une approche très contemporaine que le résultat est le plus abouti
Il y a un luxe de détail qui permet de redécouvrir à chaque fois de nouvelles directions dans ce disque pourtant très court. Il faut se précipiter sur ce disque, qui a trouvé chez BeCoq son biotope idéal.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

59-Flower