Une petite chronique courte, c'est si rare, pour évoquer la sortie chez HatHut du Second Set du Quartet (Santa Cruz) 1993, découpage en deux parties réalisé sur un album qui au départ était un double unique, une trace que l'on retrouve sur Spotify, qui n'a pas modifié ni l'ordre des morceaux, ni la pochette originale.
On peine à comprendre le choix du label -à part économique...- d'avoir scindé le double album en deux, tant les deux faces du quartet dont nous avions abondamment parlé en juin sont dans une absolue continuité.
Même s'il faut prendre en compte que le concert est conçu par Braxton, comme dans la plupart de sa création musicale des années 90 comme une progression continue. Dès lors, la rencontre de Marilyn Crispell au piano, Mark Dresser à la contrebasse et Gerry Hemingway aux percussions avec un Braxton survolté semble même un cran au dessus que le premier volume.
Braxton est partout, et il est vindicatif comme rarement. Lorsqu'il construit à la flûte, résolument dolphyenne, en se glissant sur l'archet de Dresser dans la "Composition 172" ou lorsqu'il porte le fer au milieu des explosions d'Hemingway au coeur de la "Comp. 161", on sent encore plus fort que dans le premier set que le quartet a atteint une inédite vitesse de croisière.
Le quartet semble être allé au delà même des objectifs qu'il s'était fixé, aux limites de l'avancée intellectuelle de Braxton sur le langage, préfigurant avec force les évolutions à venir avec d'autres musiciens.
On pourrait penser que le quartet accèlère tant qu'il se scinde, en un mot qu'il explose, mais ce n'est pas le propos. Toutes les ramifications qui unissent les musiciens, la puissance dure de Dresser et la force rythmique de Crispell en premier lieu, tendent vers le paroxysme d'une union.
Il faut écouter les deux disques à la suite pour bien percevoir la puissance de ce concert mythique, où le jeu fougueux et créatif d'Hemingway est sans doute le plus impressionnant. Il y a notamment en fin de première partie un solo tout à fait impressionnant. Mais il faut aussi prendre en compte qu'au milieu des morceaux typique de ses Pulse Track Structure au tournant des années 80-90 (172, 161, 147), on retrouve quelques unes des compositions historiques de Braxton, de celles qu'il a insufflé dans les années 70, comme cette "Comp. 23c" qui infuse littéralement l'album par ses retours successifs, ses insistances au pianos, ces citations comme "en sautoir" des autres compositions.
Car l'album est un magnifique jeu de piste. Une construction d'un rare raffinement. Un sommet, à n'en pas douter. On aurait aimé en profiter dans un seul et même album.

Mais il n'empêche que ce second set est indispensable !

07-Braxton