Ca fait 10 ans et quatre albums que la contrebassiste Sarah Murcia se ballade avec sa bande de copains réunis autour du quartet Caroline dans un univers où le jazz est un intime du rock sans pour autant se livrer aux orgies libidineuses et clinquantes qui furent le drame des années 70.
L'amitié, c'est effectivement ce qui se pressent au premier abord chez ces quatre là. Murcia et Franck Vaillant ont une habitude de jeu en commun qui est au delà de la complicité. Lorsque la contrebassiste se saisit d'une mélodie avec une simplicité désarmante, le batteur est là pour y insuffler sa science de la polyrythmie, de la virgule, de la diversion.
Il en est de même avec le saxophoniste ténor Olivier Py et le guitariste Gilles Coronado.
On retrouve le jeu anguleux et très structuré du premier avec beaucoup de plaisir dans ce Dog Eats Cat Eats Mouse enregistré en live au triton et d'ailleurs sorti sur le label de la salle des Lilas. Quant à Gilles Coronado, il est égal à lui-même, si complémentaire de ses comparses et toujours prompt à se faufiler, à instiller de l'électricité dans chaque strate de silence, dans chaque pulsation instable, et même dans le mouvement imperceptible de « Frogs & Fish » où tout est en retenue...
Théâtre d'ombre saisissant dont Sarah Murcia tire subrepticement le voile dans un pizzicati toujours aussi franc et clair, là encore très caractéristique de son jeu.
La famille ne s'arrête pas là, puisqu'on découvrira sur l'album une délicieuse plage vidéo digne des plus beaux powerpoint viraux de ménagère de plus de cinquante ans concocté par Fred Poulet, très présent sur le double album de Caroline, Yes ! / Garden Parti.
Dans les précédents albums de Caroline, on entendait sa voix, des reprises légèrement décalées et profondes, réinterprétées, vaguement fébriles, qui payaient de manière sensible un tribut carterburyien important.
Ici, les compositions de la contrebassiste sont plus abstraites, non dénuées d'un Merveilleux quelque peu psychotrope, renforcé par l'usage de claviers électroniques au son volontairement lo-fi qui approfondissent volontairement l'aspect troublant de la musique (« L'Igloo »). Aux claviers, on retrouve la contrebassiste, ainsi que son invité, Guillaume Orti, qui vient bien entendu également jouer de l'alto et du soprano aux côté de Py.
Caroline teste la formule en quintet avec Orti depuis quelques années déjà ; avec le saxophoniste du Megaoctet et surtout de Kartet, on reste dans la même famille. Il est évident que son arrivée donne à Sarah Murcia l'occasion d'explorer des orchestrations plus complexes et mouvementées.
Ainsi « La Réponse est dans ma Question » qui termine l'album dans une joute de timbres très complémentaires, césuré par la batterie de Vaillant qui fait songer à ce qu'il propose par ailleurs dans Benzine.
Dog Eats Cat Eats Mouse est clairement une étape posée en live par Caroline. Derrière la fable enfantine de la pochette qu'on vous laissera découvrir, il y a une évolution dans le propos du groupe, comme une mise en perspective de ce que la contrebassiste peut proposer au sein du trio de Sylvain Cathala notamment.
Dans le morceau « Dogs Eats Cat Eats Mouse » par exemple, on retrouve cette ambiance urbaine et nocturne qui est une marque de fabrique. Sarah Murcia y apporte sa touche personnelle, avec un ton légèrement ironique qui est tout à fait plaisant. On n'a pas fini de parler de la contrebassiste qui nous réserve début 2016 une sacré surprise aux contours punkisants.

De ça, aussi, nous reparlerons.

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