C'est en 2013 que Jean-René Mourot est arrivé dans nos radar, avec uin premier album court mais très prometteur, dont nous avions réalisé la chronique ici. En 2014, avec son Tricycle, il avait démontré qu'il était capable de mêler son univers très empreint de musique classique avec d'autre musiciens, dont le batteur Arthur Vonfelt, très sensible.
La relation entre le pianiste et son batteur est primordiale, surtout si nous avons à faire à des coloriste, de ceux qui savent dessiner des arabesques colorées en surplus des rythmes, voir qui savent ajouter à leur percussivité naturelle un sens intact de l'atmosphère et de sa lente évolution.
A cet exercice, Mourot est très fort. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à se plonger, sur Chroniques de l'Imaginaire qui le joint au batteur Bruno Tocanne, dans le morceau "Insinuations", idéalement nommé. Le piano va chercher dans ses tréfonds une rythmique lente mais insidieuse et sait la faire évoluer à mesure que la batterie construit de nouveaux paysages. Quand c'est la main droite qui prend le relais dans une translation progressive mais néanmoins nerveuse, c'est comme un camaïeu qui se révèle... La main gauche reste pourtant maître du jeu : il faudra un martèlement soudain pour que toute la place soit donnée à la batterie, toujours prête à s'enflammer.
Bruno Tocanne et Jean-René Mourot étaient fait pour se rencontrer. Il y a chez les deux musiciens une même approche à la fois discrète et sans concession d'une musique radicalement libre qui n'a pas besoin de crier pour le dire. Tocanne, dont les projets récents sont plus enthousiasmants les uns que les autres (Il y a eu Canto de Multitudes, mais on va parler bientôt de Over The Hillls...) est lui aussi un expert en couleur.
Elève d'Eric Watson, il n'est pas difficile de trouver des liens affectifs entre Mourot et Tocanne. Ils se situent du côté de Paul Motian, maître coloriste si l'en est. Dans les références assez rares des duo piano/batterie qui ont nourri de manière inconsciente cette rencontre inédite, on se doit de citer le fabuleux Notes de Paul Bley avec Motian, dont on peut se convaincre ça et là d'entendre quelques réminiscences.
Le très doux "Langue de bois" l'illustre à merveille. Le piano s'empare d'une mélodie plein de douceur que la batterie caresse avec une fermeté qui ne la malmène jamais. Tocanne effleure ses cymbales dans une rythmique en tapinois, il reste attentif, prêt à bondir, sans jamais chercher à prendre le dessus, accélérant à peine à force de soubresauts quand le pianiste durcit le ton et laisse de nouveau la percussion s'inviter dans les graves.
Il y a une attention de chaque instant et beaucoup d'écoute entre les deux musiciens. Mon camarade Denis Desassis qui signe les notes de pochette note très justement que "ce disque est le chant de deux âmes en résonnances". C'est vrai qu'il y a quelque chose de séraphique dans ces Chroniques de l'imaginaire sorti sur Momentanea, le label de Mourot ; une captation de l'invisible, des limites du spectre... Des songes en quelques sortes, qui sont évoqués un peu partout et qui trouvent leur plus belle incarnation dans l'abstraction de "Ab hoc et ab hâc", un petit moment de poésie.
De ceux dont on a cruellement besoin au coeur de l'hiver.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

03-Gare