C'est en préparant le dossier sur Mary Halvorson pour Citizen Jazz que Artifacts est apparu sur les écrans radars. D'abord parce que sur le label 482Music on trouve de bien belles choses tout le temps, comme ce disque remarquable de Tomas Fujiwara, et puis parce que dans ce trio on trouve trois musiciens de Chicago que nous aimon particulièrement en ces pages.
Pas seulement parce que ce sont des musiciens remarquables, et que la violoncelliste Tomeka Reid fait partie d'un panthéon personnel malgré son jeune âge, mais aussi pour ce qu'ils représentent dans l'histoire de nos musiques.
La réunion de ce trio en 2015, avec le répertoire joué dans ce disque jubilatoire, n'est pas innocent. 2015, c'est l'année qui célèbre les 50 ans de l'AACM, association chicagoanne qui compte ou a compté dans ses rangs des maîtres comme Anthony Braxton, Roscoe Mitchell, Muhal Richards Abrams... Ou encore Tomeka Reid, Nicole Mitchell et Mike Reed, nos trois musiciens présents qui furent, au début de cette décennie respectivement trésorière, présidente et vice-président de l'AACM.
Avec Artifacts, le trio de figures de l'AACM rend hommage à l'organisation en s'emparant de 9 morceaux de grandes figures de l'association pour leur faire la fête.
Dans toutes les acceptions du terme ; mais quand même avec pas mal de serpentins, comme cette version gaie, explosive, espiègle est on tenté de dire, du célèbre "Munkt Munkt" de Abrams, où Nicole Mitchell semble doucement danser sur une trame épaisse de violoncelle et de batterie.
Une joyeuse architecture, qui se retrouve dans le lumineux "Light on The Path" de Ed Wilkerson qui clôt l'album dans la fureur des manifestations festives, et une rythmique implacable où les pizzicati mélodieux de Tomeka font des merveilles.
L'ami Alexandre Pierrepont vient de faire paraître aux éditions Parenthèses La Nuée, une somme sur l'histoire de l'AACM qu'il convient de conseiller à tous les mélomanes curieux. C'est intelligent, documenté et plein d'informations passionnantes. Pour le reste, il y a la musique ; et pour cela, Artifacts est une sacré clé d'entrée, doublé d'une bonne surprise.
Il suffit pour s'en convaincre de se passer -en boucle !- la "Composition 23B" de Braxton qui ouvre l'album. Un morceau court, droit devant, qui consacre des musiciens qui sont dans le registre évident du plaisir. La 23B n'est pas la plus célèbre de Braxton, à l'époque Arista, mais c'est un morceau pivot. Elle permet notamment A Mike Reed de faire parler la poudre avec beaucoup de finesse, dans une recherche constante de mouvement.
L'amalgame du trio est parfaite. Nicole Mitchell joue simplement, sans être directive. Certes, elle est en charge de la construction mélodique la plupart du temps, nottament sur le joyeux "Jo Jar" de Roscoe Mitchell, mais elle sait s'effacer au profit des deux compères rythmiciens. La flûtiste a l'habitude de jouer avec les plus grands batteurs (Rosaly, Drake...) ; moins souvent avec le batteur de Living By Lanterns... Mais leur langage commun fait qu'ils se trouvent tout de suite.
Le rôle de Tomeka Reid est plus central. Elle est une habituée de Mitchell avec qui elle joue dans les différentes formes de son Black Earth Ensemble. Avec son violoncelle, dont nous avons pu juger avec son album 17W ou en trio avec ce cher Christoph Erb. Elle poursuit la flûte de ses assiduités et change subitement de direction pour plonger vers la batterie.
Ce disque est une fête.
C'est trop tard pour le mettre sous le sapin, mais il reste les étrennes. Pensez-y.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

SunShip