Raphaël Imbert est connu pour son intérêt pour le blues et plus globalement pour sa vision universaliste de la musique comme maison commune -justement-. C'est ainsi qu'on l'a vu à la fois aux côté de Karol Beffa, de Gerald Cleaver ou d'Archie Shepp avec une cohérence rare.
Music is my Home, son prochain disque, dont Citizen Jazz est fort justement partenaire, va certainement dépasser le cercle habituel des amoureux de nos musiques, nous en reparlerons sans doute en temps voulu ; c'est aujourd'hui l'occasion de revenir sur un disque sorti à la fin de l'année 2015 sur le joli Label Durance, avec le trio BIS.
BIS, c'est l'acronyme des trois musiciens. En premier, le batteur Cédric Bec, qu'on avait pu découvrir chez AJMI sur l'album du quartet de Kevin Norwood mais aussi dans un trio avec François Cordas qu'AJMIlive a récemment mis en valeur, nous en reparlerons dans quelques jours.
En dernier, on retrouve le S d'Alain Soler, qu'on a eu l'habitude voir avec André Jaume, mais aussi avec Raphaël Imbert depuis de nombreuses années (notamment en trio avec Jaume, comme on se retrouve...).
Le I du milieu, le I d'Imbert, on le connaît bien sur en tant que directeur artistique de la belle compagnie sudiste Nine Spirit, mais aussi comme quelqu'un qui pense et théorise la musique, comme son livre Jazz Suprème en témoigne, tout comme de nombreux textes d'une rare clairvoyance.
L'année dernière, pour Citizen Jazz, j'avais évoqué The Alppalachians.
Une captation de concert, également parue sur Durance, où l'on retrouvait également Marion Rampal. Même si le présent Live n'a que peu de point commun avec ce disque dans l'expression, on retrouve une même joie de jouer sans entrave, de mélanger les inspirations avec une furieuse envie de partage et de plaisir.
C'est ce qui se joue dans la reprise de "No Reply", que le trio entame comme on reconstitue un écorché, en piquant sur la colonne vertébrale de la mélodie toutes sortes d'articulations, avant d'en brancher toutes les terminaisons nerveuses.
En faisant quelques courts-circuits, si possible.
C'est de l'effervescence qu'on découvre sur le sur le fil d'une guitare rogue, si ce n'est rock lorsque la batterie souligne avec voracité les entrechats du saxophone avec les cordes. De ce morceau des Beatles, sans doute l'un des plus ouvertement inspiré du Rythm and Blues, BIS en révèle l'acrimonie, notamment lorsque le saxophone se met à hurler pour mieux suivre la batterie qui s'affole.
Mais il ne s'agit pas d'exalter les envolées de tel ou tel solistes ou les morceaux de bravoure de chacun, quand bien même il y en aurait à chaque détour. S'il s'agissait d'en citer quelques uns, on commencerait par le solo hendrixien de Soler sur le long "On The Beach/Equinox" qui mélange les notes de Neil Young avec celles de Coltrane; le caniculaire et le solaire tous les deux mélangés pour faire souffler sans surprise un souffle brûlant sur l'album.
Dans une conception très égalitaire du trio, chacun occupe la pointe du triangle sans tirer la couverture à soi, et c'est cette cohésion qui donne à cet album son aspect absolument roboratif.
Il y a beaucoup de reprises sur ce live qui trace sans y toucher une ligne directrice dans la musique populaire. Ca commence avec une once de surprise sur un "Lulu's Back in Town" presque dérangeant de classicisme avant de fondre sur le "All The Things You Are" de Jerome Kern, dont Braxton a fait l'une de ses ritournelles obsessionnelles, et que le trio aborde ici avec une décontraction élégante.
Entre deux, ce seront croisé Dylan et Mc Cartney comme une visite dans la gallerie des petites jubilations musicales de la seconde partie du XXième siècle.
C'est sur la reprise de Monk "In Walked Bud" que le trio BIS atteint ici son sommet. Le célèbre standard est trituré, mis en pièce, enflammé à grande rasade de propane qui gicle tour à tour du saxophone et de la guitare sans jamais sembler ciller un instant. A lui seul, ce morceau justifie qu'on s'intéresse à cet album... Mais le reste est à l'encan. 
On en redemande !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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