Elève de Denis Colin, ce qui semble être déjà une certitude de qualité lorsqu'il est question de clarinette, Emilien Véret est de ces jeunes musiciens qu'une seule expression chagrine. Il a besoin d'aller voir ailleurs, que ce soit dans les registres (de la basse à Sib) comme dans les genres abordés : lorsque sur Clarinettes Urbaines s'annonce « Quartier Est », cela saute aux oreilles.
Une approche chambriste vite rattrapé par une rythmique électronique légère, puis quelques riffs de clarinette qui font très vite songer à Krakauer lorsqu'il s'amuse avec So Called et son Abraham Inc. ; on le perçoit très vite : avec Yom, le clarinettiste New-Yorkais est l'autre grande affaire de Véret. Même goût pour le funk un peu sirupeux (« Know Your Name », où la chanteuse Nina Attal que l'on a pu croisé avec Electro Deluxe) et les phrases saignantes et parfois ironiques qui vont chercher le groove au plus profond du bois de l'instrument.
On en a une parfaite illustration sur le morceau « La ville » où les instruments multiplié par les samplers semblent raconter une histoire à plusieurs voix pendans qu'une mélodie légèrement nostalgique libère son spleen avant qu'un rythme marqué ne revienne, lancinant, fait d'un slap justement séquencé.
En ce sens, Véret prolonge les expériences de Krakauer dans cette veine. Tout amateur de Hip-Hop anglais au début de ce sièce sait que la clarinette basse, surtout chez Herbaliser a un pouvoir détonnant sur le mouvement du pied et la scansion du verbe. Mais de « Pop Wok » ou elle construit une boucle à « Run it Back » où le rappeur AMZ vient poser une de ces petites bombinettes que j'aurai passé en boucle à la radio à l'époque, elles font merveille.
C'est efficace et carré, mais le clarinettiste ne s'arrête pas à cette efficacité anguleuse ; à plusieurs reprises, on découvre des abstractions, des jeux subtils de pédales au sein des séquenceurs, comme ce « Panda Hirsute » se perd dans une boucle acide et pleine de brisures, ou lorsque au centre de l'album il fait taire les machines pour rendre un « Hommage à Claude Debussy » apaisé.
Plus qu'une virgule, c'est comme une manière de rappeler d'où le musicien vient, et qu'elle est le langage véhiculaire de ce premier album.... De la même façon que la reprise du célèbre « Les Yeux Noirs » rappelle que la clarinette est un instrument populaire de rue en Europe Centrale.
Si la clarinette de Véret est urbaine, ce n'est pas seulement parce qu'elle affronte la technologie des musiques électronique et qu'elle baigne jusqu'au anches dans une culture fortement marqué par le chant des machines ; c'est parce que la multitude suggère la ville à la fois tumultueuses et brillante, une clarinette qui peut s'électrifier, comme Ian Underwood aimait le faire chez Zappa, et qui sait, comme la ville, se découper en quartiers plus ou moins poreux, plus ou moins antagonistes, où le monumental a autant le droit de citer que le périphérique. En témoigne le très agréable « Urban Groove » où le basson de Claire Pasquereau et le tuba de Benoît Meurin le rejoigne pour un mélange détonnant.
Clarinette Urbaine est une petite douceur sucrée dont on aime parfois abuser.
Pourquoi s'en priver ?

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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