Busking, Jouer dans la rue. Taper la manche, on dit aussi.
C'est l'univers qu'interpelle la contrebassiste Hélène Labarrière lorsqu'elle invite en duo le guitariste Hasse Poulsen ; mais nous ne sommes pas à Châtelet un vendredi soir, pas non plus dans un couloir du Tube de Londres, mais dans le studio de Jacky Molard, dont il faut louer les talents d'ingénieur du son pour le label Innacor qui accueille depuis longtemps les projets de Labarrière : on se souvient de Désordre, où l'on retrouvait déjà Hasse Poulsen...
Ici, les deux musiciens se retrouvent pour jouer de la simplicité des mélodies populaires, un domaine que la contrebassiste avait déjà tutoyé avec son magnifique J'ai le Cafard, encore chez Innacor. Mais ici, ce ne sont pas les chanson réalistes de la première partie du XXième siècle, mais une sélection de scies et de petites bulles pop que guitare et contrebasse accueillent sans décalage ironique, mais avec un vrai plaisir de jouer.
C'est ainsi que le disque s'ouvre sur une belle version de "Take This Waltz" de Leonard Cohen : on n'a pas la voix d'outre-tombe ni les sucreries de l'original, mais une guitare qui tournoie autour d'une ligne claire avec une limpidité qui donne le sourire. Le jeu de Labarrière est toujours aussi fluide et dans cette chanson réduite à son plus simple aspect, son timbre fait merveille. La valse de Cohen n'est effectivement que ça, et on s'y étourdit, sans pour autant chercher plus loin.
Idem pour le "Formidable" de Stromae qui chancelle avec une grâce certaine, et que Poulsen transforme par moment en un délicieux blues aux accents sudistes.
Le duo n'a pas cherché à déconstruire son propos comme David Chevallier dans son Is That Pop Music?!? Il ne s'agit pas de renverser la table, elle est pour le guitariste et la contrebassiste correctement dressée. Il s'agit de jouer, de s'imprégner de la chanson pour se l'approprier à deux.
A la fois dans l'approche très rock et parfois tendue de Poulsen ("Special To Me"), qui oblige la contrebassiste à jouer plus durement, mais aussi dans ce goût pour la danse qui nait souvent au coeur de la contrebasse. Ainsi, sur "Les Uns contre les Autres", titre de Starmania, la guitare joue le thème avant de le laisser à Hélène Labarrière qui lui donne cette petite once de vague à l'âme qui définit si bien son jeu, tout comme elle est au centre de la chanson.
Ce qui est très plaisant dans cet album, c'est le sentiment que les improvisations de chacun sur ces chansons connus de tous ou presque sont des offrandes à l'autre. Même lorsque les choses se font plus complexes ou plus abstraites, comme cette reprise de "Lucy in The Sky With Diamonds" des Beatles qui évoque une lente décente d'acide, le deux jouent ensemble, avec une écoute entière et une synchronie idéale. On a le sentiment d'une course de relais au moment où le témoin change de main. Tout se fait dans un même geste, ample et dégagé.
Cette simplicité, on la retrouvera sur le beau "Hand in my Pocket" d'Alanis Morissette, qui est sans doute l'un des morceaux les plus aboutis de l'album. Une ballade calme et apaisée, colorée comme il faut, qui a cette douceur des chansons qu'on aime sans trop savoir pourquoi.
C'est une belle rencontre, très éloigné du dernier duo d'Hasse Poulsen ; c'est décidément dans ces duos qu'il est en ce moment à son meilleur. Busking est un petit moment de joie. Une nécessité, dans ces temps maussades.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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