C'est très intéressant de suivre un jeune musicien comme le guitariste Pascal Charrier dans son parcours et son évolution musicale.
Avec le Kami Quintet, il y avait déjà une mutation à mesure des albums. De Human Spirals à Colors, le style s'était affermi, induisant de nouvelles directions dans une musique en mouvement qui devenait de plus en plus mouvementée. Il y avait la figure de Steve Coleman et de la plupart de ses avatars, bien sur, omniprésent dans la construction polyrythmique de ses compositions, qui se décorait de quelques éclats de métal diffus qui donnait au propos une certaine noirceur.
Dans Colors, l'invitation de Jozef Dumoulin avait été une révélation.
L'accouchement de quelque chose en tout cas, qui a permis à Omum d'exister. Le nouvel orchestre de Charrier n'a pas le belge comme membre, mais il est omniprésent dans les esprits ; les claviers de Julien Tamisier ont la même fièvre latente et le même goût pour les sons électroniques étranges, profonds, troublants, tout en gardant un goût pour le rythme, pesant et abrasif.
Sur le justement nommé "Dédale", c'est à la fois une basse lourde et pleine d'acide qui donne le ton au reste du quartet, mais aussi des nappes diffuses qui trouvent dans la batterie de Sylvain Darrifourcq un puissant allié.
Le batteur n'a pas l'approche obsessionnelle que l'on peut lui connaître sur ses propres projets.
Certes, dans "La ballade de Septembre", sa batterie exécute ces boucles cabossées et diablement humaines dont il a le secret, mais elles renouent avec son goût de la frappe acrimonieuse qu'il a déjà pu montrer dans Q notamment. Une odeur de métal qui rejoint la guitare, beaucoup plus agressive que dans les précédents albums de Charrier. Ce climat créé par le quartet permet des moments contemplatifs et presque étals ou tout évolue à pas compté et ou chaque mouvement, fut il imperceptible, impact le groupe tout entier.
Le propos, qui doit beaucoup aux climats induits par Charrier, est extrêmement collectif et trouve son apogée dans le "Surfer" final, innéluctable comme une vague électrique qui se brise au meilleur moment.
A tout moment, on a le sentiment que la musique d'Omum se répand comme une coulée de lave, poussée de tout côté par l'électricité et l'électronique qui forme un tout cohérent. Ainsi, dans "L'exil et la baleine", les claviers et la guitare sont autant d'interférences qui tentent d'éroder une rythmique synthétique et inquiétante. Le propos se développe, et seul le saxophone de Robin Fincker apporte un peu de douceur à une atmosphère délicieusement sombre. Fincker a l'habitude de ces climats interlopes. Dans Mediums de Vincent Courtois, il avait également ce rôle clair-obscur ; mais il n'était pas seul.
Ici, qu'il soit au ténor ou à la clarinette, ses déambulations dans cette électronique labyrinthique fait songer à ce que Sylvain Cathala peut proposer avec Print, référence assumée de Charrier dans la plupart des morceaux, et particulièrement prégnante dans "Dédale". Son souffle peut se faire apaisant ou inquiétant, il ombre à merveille les aspérités de ses comparses. Omum est indéniablement un projet séduisant et Charrier est plus que jamais un musicien à suivre.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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