Rarement un disque ne colle carrèment mieux à l'atmosphère ambiante que celui-ci.
C'est la première réflexion qu'on se fait lorsque la flûte de Joce Mienniel virevolte dans un grésillement électronique sur « Fer », la première partie de la sa suite « Le Son des Villes » sur ce nouvel album sobrement nommé TILT. Dehors, le printemps chauffe. Trop. C'est le mois de mai ; l'air est saturé de pollen qui se défend comme il peu contre l'acidité des fumées d'usine et les micro-particules de diesel.
Il fait chaud et pollué, et pourtant on déambule, parfois sans réel but, dans les rues de la ville. La ville, elle est bien connue de Mienniel. Déjà dans le remarque Paris : Short Stories, il avait évoqué cette atmosphère avec une certaine poésie, en compagnie d'une brochette de musiciens, qui comptait nombreux membres de l'ONJ mouture Daniel Yvinec. Ici, subsiste le Fender Rhodes de Vincent Lafont, parfait pour les ambiances torrides de ce macadam qui chauffe et colle aux semelles, lorsqu'on se ballade dans une atmosphère saturée de « Lithium » (ça donne quelque hallucinations...) ou dans les éclats plus abstraits de « Orange Meteor », dans la suite « A Flower From the City Beneath », où la guitare de Guillaume Magne, ancien membre de Rocking Chair et guitare du Surnatural Orchestra sur le divin Profondo Rosso, fait merveille.
La musique de Mienniel n'est pas « urbaine » où on l'entend dans les dossiers de subventions pour SMAC ou comme un adjectif qualificatif qu'on utilise faute de mieux -moi le premier-. Elle est urbaine dans le sens qu'elle épouse les contours de la ville, ses faubourgs paumés et ses lignes droites sous une canicule perceptible jusque dans le drumming très lourd de Sébastien Brun que l'on est bien content de retrouver ici.
Il y a dans TILT quelque chose qui faisait le charme d'orchestre comme Irène, une ambiance torride, vaguement acide, toujours fiévreuse qui doit tout autant au musique cinématique des années 70 (on pense souvent à Morricone, référence régulière de Mienniel) qu'à un certain rock progressif débarrassé de ses postures et de ses kilos superflus.
L'image qui vient à l'écoute de TILT, c'est une sorte de solarisation. On étouffe dans le souffle entêtant et plein de scories de la flûte sur « Domus » dans la suite « Neon Metropolis Offshore » pendant que derrière se met en place tout un décor lointain et cabossé qui semble fondre par la chaleur ambiante. La flûte de Mienniel est très changeante, elle peut être légère comme elle sait être perçante, rivalisant de saturation avec une guitare tout aussi bouillante.
On transpire, mais c'est égal, on se ballade avec une certaine nonchalance, profitant du temps lourd comme on peu, écrasé mais le nez au vent, fut-il absolument vicié.
C'est avec l'épilogue « Fukushima » que l'on comprend le sens de l'atmosphère installé par ce quartet de quadra que l'on perçoit très influencé par la musique électronique des années 90 et sa colonisation progressive d'une certaine pop luxueuse. C'est une magnifique bande son pour road-movie post-apocalyptique dans les rues vidés de ses habitants, avec ce que tout cela peut avoir d'inquiétant et de fascinant. TILT est un trip hallucinant où l'on laisse beaucoup de sueur. Mais on aime vraiment à y retourner pour une promenade.
Avec ou sans masque à gaz, c'est au choix.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

20-Sunburn