Céline Bonacina fait partie de ces saxophonistes qui sont depuis longtemps dans le paysage du jazz européen sans que nous l'abordions en ces pages. Ce n'est pas la première fois que je l'écris : trop de disques, pas assez de temps ; cependant, son jeu énergique et joyeux -c'est un qualificatif qui me semble correspondre parfaitement, a fortiori à la sortie du concert que j'ai déjàrapidement évoqué- requiert toute l'attention.
Que ce soit au saxophone baryton, dont elle s'est fait une spécialité et une certaine renommée, elle multiplie les collaborations (nous en avions parlé lors de sa participation au beau quintet de Didier Levallet, en compagnie de Sylvaine Hélary) et les disques en leader, principalement sur le label Act. Mais c'est sans doute avec ce nouveau quartet international (un gallois, un canadien, un israélien) à forte couleur londonienne qu'elle trouve sa plus belle expression. En témoigne Crystal Rain, un premier album paru sur le label Cristal Records.
Car ces choses là sont bien faites.
Dès les premières notes au soprano de « Smiles for Serious People », pleines de poésie, le climat est posé. L'échange entre Bonacina et son pianiste Gwilym Simcock est faite d'une complicité quelque peu piquante. Elle va se confirmer tout au long de l'album, entre ses deux musiciens habitué du label ACT. Simcock y avait livré un très intéressant album l'année dernière, qui témoignait de son jeu percussif mais fluide.
C'est sans doute sur « Two Sides », véritable jeu de chat et de souris entre les deux improvisateurs qu'il trouve sa quintessence : le pianiste lance une phrase, elle est reprise de volée par sa comparse, elle circule à travers l'orchestre avec une gaieté qui ne se dément pas.
Car il ne faut pas résumer Cystal Rain à la simple relation entre pianiste et saxophoniste, quand bien même l'axe est fort. A chaque instant, le percussionniste Asaf Sirkis ponctue le dialogue, met son grain de sel, donne du relief. On peut parfois penser qu'il est parfois un peu trop disert, mais la pluie de crystal c'est lui. Les germes, à défaut de gemmes, du son cristallin de l'album, charrié par le saxophone et appuyé par la main droite mutine de Simcock.
Sirkis, tout comme le contrebassiste Chris Jennings qui ferme le quartet et s'offre de très belles échappées solistes (« Child Mood », sans doute l'un des plus beau morceau de l'album), apporte au quartet leur goût et leur habitudes de capter les sons du monde : Jennings a travaillé avec Dhafer Youssef, et l'on se souvient de son bel album avec la joueuse de koto Mieko Miyazaki.
Le Crystal de Céline Bonacina brille de multiple couleurs. La réfraction de la lumière sans doute, qui diffuse et irise dans des morceaux aussi chaleureux que « Cyclone » où elle découpe la mélodie de son baryton avec une certaine espièglerie. Elle éclaire aussi de jolis paysages, comme le magnifique « Shanty », ode marine signée Simcock qui illustre un bien bel album, très agréable. On a envie d'entendre ce quartet dans le durée.
Nul doute que ce n'est pas son dernier rendez-vous.

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