Rares sont les disques qui vous donnent immédiatement le sourire, sans autre forme de sentiments premiers ni de besoin de concentration.
Radio One, le nouveau disque de la trompettiste Airelle Besson est de ceux-ci. C'est un disque comme un rai de soleil qui vous tombe sur le dos au début du mois de juin : chaleureux sans être assommant, piquant mais confortable. Lumineux quoi qu'il en soit.
Lumineux, c'est l'exacte définition d'Airelle. De sa musique bien entendu, que l'on suit avec attention depuis Rocking Chair et qui avait particulièrement brillé lors de son duo avec Nelson Veras. Lumineux aussi pour son timbre de trompette, assez caractéristique, à la fois clair et légèrement pastel, dont la douceur n'émousse pas les attaques ; c'est tout le sujet de « The Painter and The Boxer » qui offre une belle palette de cette particularité. Aux traits rapides soutenus par la batterie de Fabrice Moreau succèdent des trames plus complexes et forcément coloristes : pourrait-il en être autrement avec un tel batteur ? Moreau est à tout instant d'une finesse équivalente à sa complices tout deux dessinent des à-plats profonds sur lesquelles se meuvent des ombres et des reliefs. C'est à la fois fourmillant de détails et d'une simplicité affolante, presque pop parfois, dans l'acception la plus brillante.
Certes, le mot est galvaudé et peut renvoyer à des erreurs. Mais c'est pourtant bien de ce registre dont il s'agit lorsque « Radio One » débute avec la voix magnétique d'Isabelle Sörling sur l'électricité toujours aussi fine et perçante des claviers de Benjamin Moussay.
Ce n'est pas parce qu'elle participe au Cabaret Contemporain que cette référence est d'évidence, mais on songe à Kraftwerk par petites touches, en tout cas à cette beauté minimaliste et entêtante qui irise tout l'album.
On est pris, aussitôt dans ce flot continu. Ce morceau, on peut le prendre dans tous les sens, on peut l'analyser, le détailler, le disséquer même, il restera d'une troublante efficacité. De celles qui tournent sur les radios qu'elles soient One, Two, Three ou de toutes sorte de périphéries.
Une évidence sans facilité ; une évidence tout court.
Une fluidité qui marque ce quartet idéalement proportionné entre contemplation et mouvement. Moussay est comme on l'aime, c'est le pianiste plein de soudaineté et de songes acidulés de Spoonbox qui s'adapte si bien à toutes les voix et sait leur tisser de la soie ou des épais manteaux.
Moussay et Moreau sont des designers de premier ordre. Ils ne dirigent pas, ils influent. Ils ne décident pas des couleurs, ils infusent avec beaucoup de délicatesse celles de leurs complices. Délicatesse est le mot-clé de ce disque ; celle-ci est partout, sans virer à la porcelaine diaphane ; c'est beau et robuste.
Ouvragé mais solide.
« No Time To Think » en est l'exemple parfait ; le Fender souligne, puis ombre avec soin la phrase circulaire de la chanteuse dont la voix douce et légèrement désincarné est un instrument supplémentaire., qui peut même s'avérer inquiétant et possédé, par petites touche (« People's Thoughts »).
La voix ? LES voix. Car la trompettiste et la chanteuse chantent ensemble. Il y a de l'unisson et du canon, il y a des alchimies subtiles et entêtante absolument renversante, ce que souligne avec grand talent Matthieu Jouan sur Citizen Jazz. Autant le dire, c'est la clé de ce disque. « La Galactée » est ainsi totalement suspendue à ce mélange mystérieux, équilibriste, éthéré et charnel. L'écriture d'Airelle Besson est magnifique, on le savait déjà. Il trouve ici un point haut, très haut. Mais quelque chose nous susurre que ce n'est pas un zénith et encore moins un crépuscule. Il est dix heures moins le quart à l'horloge solaire d'Airelle Besson, et ce disque brillant laisse songer à ce que sera la suite. Torride,
il va de soi. Radio One est un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage : de ceux qui frappent les esprits et les antennes de radiodiffusion.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

19-Ride-in-Peace

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