Revoilà Thumbscrew, l'un des trio les plus alléchant de ces cinq dernière années.
Un trio de synthèse, qui est suffisamment Power pour faire monter la pression artérielle juste comme il faut et fin comme il se doit pour que l'improvisation aie l'air d'une petite sculpture raffinée. On pourra même ajouter, dans ce Convallaria sorti sur le label Cuneiform qui représente le second album de l'attelage Mary Halvorson, Tomas Fujiwara et Michael Formanek, la dimension individuelle qui s'intègre au mouvement collectif qui marquait le premier disque, qui a donné le nom au groupe.
En témoigne par exemple la magnifique échappée de Fujiwara sur le complexe « Danse Insensé » où les percussions, très contemporaine s'agitent avec une grâce autour d'une guitare solide, avant de prendre seules quelques mesures de liberté frondeuse.
Revoilà Thumbscrew ? Il ne semblait pas que le trio nous avait quitté. On les retrouvait il y a peu dans le Kolossus de Formanek ; peu de temps avant, c'était au sein du Hook Up de Fujiwara. Les trois musiciens avancent ensemble, mais Thumbscrew est clairement leur instant de répit. Leur petite clairière où ils jettent leurs envies sans trop se soucier de la forme, qui vient d'elle-même.
Convallaria est le fruit de quelques jours de résidence d'artiste à City of Asylum, à Pittsbugh, et l'on perçoit le disque comme une volonté de se poser. Il se trouve que l'oralité du français a la particularité de ne pas faire de différence entre pose et pause. Ca tombe bien, le présent disque est manifestement un subtil mélange des deux.
Ainsi « Trigger », qui s'ouvre sur l'un de ces solos dont Formanek a l'habitude : simple, profond, plein d'émotion et de retenue tout en même temps, avant que la machine ne se mette en route... La guitare d'Halvorson arrive sur un roulement de tambour. Le son est un peu sale, tremblotant, presque timide dans un premier temps avant que l'on se rende compte qu'elle a emplit tout l'espace.
Plus que jamais, la guitare d'Halvorson est un générateur de climats, qui peuvent être ici très troubles, opiacés, vénéneux, voire même complètement bruitiste, lorsque « Screaming Piha » se bâtit en érodant peu à peu la masse de bruit impavide de la guitare.
Il y a dès « Cléome » qui ouvre l'album comme des substrats de rock progressif dans la guitare de Mary. Quelque chose de canterburyen qu'on voit pousser parfois comme les fleurs de rocailles et que l'on retrouve plus loin sur le très obstiné « Spring Ahead », qui est certainement le meilleur moment de ce bel album.
Convallaria, c'est le nom latin du muguet. Celui du premier mai et de la liberté. C'est extrêmement bien trouvé, car la musique de Thumbscrew est largement à son image. C'est une petite fleur d'apparence fragile mais qui pousse n'importe où. Elle a un parfum capiteux, enivrant qui fait songer aux beaux jours... Mais chacune de ses clochettes abrite un poison puissant qui peut tétaniser et glacer en un rien de temps.
On ne saurait avoir meilleure définition de « Convallaria » et de sa construction solide qui s'effiloche à mesure de déviation d'apparence soudaines qui sont en fait d'autres mécanismes subtils.
On ne lassera sans doute jamais de ces trois là.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

06-Fog