Il est sorti presque sous le manteau, ce troisième volume des Road Tapes de Frank Zappa. Pour tout dire, c'est presque par hasard que j'en ai découvert l'existence.
Rappelons un peu ce qu'est ce concept des Road Tapes, dont nous avions parlé à l'occasion de la sortie de la Road Tapes #2, qui exposait un concert de 74 au Finlandia Hall d'Helsinki : les Guerilla Tapes, nettoyées par les techniques numériques, dont la vertu documentaire est indéniable.
Il ne sera pas question de rentrer dans l'oeuvre de Zappa par cette porte, mais d'essayer d'y voir plus clair dans la continuité conceptuelle de son oeuvre... Voire de prendre son plaisir de fan où l'on peut : soit dans ce double album enregistré à Minneapolis en juillet 70, avec un line-up qui, à défaut d'être le meilleur techniquement, est l'un des plus attachant. Pensez, on y trouve aux côtés des deux ménestrels libidineux Mark Volman et Howard Kaylan rien moins que Ian Underwood, Jeff Simons, George Duke et Aynsley Dunbar.
Une équipe qui fera penser au magnifique Chunga's Revenge que je conseillais, il y a fort longtemps, parmi les disques "porte d'entrée" de l'oeuvre zappaïenne.
Et pour cause.
Paru en octobre 1970, ce dernier album a de nombreux point commun avec ce troisième Road Tapes, de l'usage d'un rythm'n'blues passé à la centrifugeuse jusqu'à l'exubérance des chants. Le morceau "Dog Breath" (ou "You Didn't Try To Call Me"), sur le premier disque, en est le premier exemple.
Il n'y a pas que ça : le morceau "King Kong/Igor Boogie's" est même repiqué dans son dernier tiers, le plus clair au niveau de l'enregistrement pour bâtir "The Nancy and Mary Music" sur Chunga's Revenge, selon la bonne vieille habitude zappaïenne du collage. On retrouve donc la combustion de George Duke et d'Aynsley Dunbar dans ce morceau de 20 minutes qui à lui seul vaut la chandelle...
A force de documenter les lives des années Volman et Kaylan récemment (le Carnegie Hall entre autre), mais aussi dans les You Can't Do That On Stage Anymore (YCDTOSA) et les disques "de l'époque" (Just Another Band From La, Fillmore East, etc.), on commence à avoir une idée précise de la folie furieuse de ces concerts, de leur aspect total, mais aussi de l'euphorie que procure les versions successives de "Call Any Vegetables".
Mais tout de même, la version de cet album, où la guitare de Zappa est TRES en forme est une joie intense ; on en oublierait presque la qualité assez médiocre de l'enregistrement. Parce que disons-le, le premier album est, de ce point de vue, assez mauvais. Ce n'est pas le cas du second disque, où les choses s'arrangent. On en profite pour avoir une version de "Sharleena" qui complète la collection, mais surtout "Pound For a Brown", remarquable d'unité chez les Mothers of Invention.
Le clou de ce second disque est surtout la "suite" que constitue "A Piece of Contemporary Music","The Return of The Unchback Duke" et "Cruising For Burgers". C'est un témoignage rare.
1970 était un petit angle mort dans la documentation discographique de Frank Zappa, seul Playground Psychotics y répondait parcellairement (et pas avec grande cohérence). Pas ou peu de morceaux de cette année la sur les YCDTOSA, pleine transition. Ce Road Tapes #3 vient en partie le combler, et permet pour le moins de raccrocher certaines évolutions, certaines idées en devenir, et un jazz électrique qui ne dit pas son nom et vient de plus en plus se faire une place ("Cruising for Burgers").
A conseiller aux fans et aux exégètes. Mais les amateurs de Zappa le sont un peu tous !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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