J'ai souvent dit que je préférais la musique qui ferme sa gueule.
C'est une formule, et pourtant je n'en utilise jamais (insérer le rire enregistré à cet endroit.) Mais en fait, je le confesse c'est faux. Je pense que j'ai le même rapport à la chanson que celui que j'ai au cinéma : c'est à dire que j'aime tant ça que c'est devenu une douleur de se rendre compte de ce qui se fait désormais.
Comme dirait l'autre, le temps ne fait rien à l'affaire, n'est-ce pas.
Toujours est-il qu'il y a des exceptions, rares. Et comme ce qui est rare est cher, ces exceptions me sont chères. On ne va pas dresser un liste, mais entre quelques rappeurs âgés, la trop rare Lola Lafon et François Hadji-Lazaro, il y a André Minvielle.
Dédé peut faire un album anecdotique, ce qui a pu arriver, on y trouve toujours un petit trésor, voire plusieurs. Et puis Minvielle est capable de faire danser un mort. Et puis Minvielle est un curieux, un fureteur, un résistant pyrénéen déterritorialisé.
Beaucoup de qualités, en somme.
Parmi celles qui sautent aux oreilles, comme des petites armées d'occupation joyeuses et capables de sièges longs dans la platine, il y a ce sens du rythme, du scat, du groove. On s'en apercevra ici, dans le nouveau 1time, avec "Sacré Eole", un morceau ancien sur lequel il invite le trio de soufflants de Journal Intime, qu'on voit souvent aux côtés de Ducret. Car voix-ci le nouvel album d'André Minvielle, avec plein de nouvelles choses et des marottes anciennes...
Un album de Minvielle, en quelques sorte, un joyeux foutoir dans lequel on pénètre avec un mélange de familiarité et d'excitation. Il y est question d'accent et de climat, il y a des onomatopées funkisantes et des poésies de Prévert. Un collage attachant, ce qui est la moindre des choses. Un album de photo avec du mouvement, parfois du flou, beaucoup de souvenirs, des éclats de rire et des histoires d'amitiés ou de famille.
Même quelques instants solennels avec "Abide With Me", Hymne rugbystique anglais qui fait suite à la captation sonore d'une mêlée dans un club amateur. On voit la scène, dans un champs béarnais à gorge déployé, et  on est juste joyeux de se promener dans cette collection intime de Minvielle placé sous le signe de Saint Cop.
Qui d'autre ?
1time est sans doute le disque le plus personnel de Minvielle. 1time est intime, c'est une belle tautologie.
On y découvre "La Bourdique", une chanson en occitan avec sa Mainvielle à roue et ce qu'il faut de moog pour nous faire sautiller, mais aussi "Etranges étrangers", ce texte de Prévert 1temporel et beau où l'on retrouve avec plaisir sa bouteille électrique. Ailleurs, du Human Beat Box qui parle de champignons ("A Fungi") et des dizaines d'accents qui donnent le tournis ("Facteur d'accent").
Et puis il y a "Le Verbier", qui est à lui seul la raison pour aimer ce disque. On y découvre Juliette Minvielle, l'1fante, qui chante aussi, avec un faux-air d'Emily Loizeau sur une musique de Marc Perrone. Evidemment serons nous tenté de dire : c'est 1croyable...
1stantanément, on a envie de sourire devant ces phonèmes équilibristes : allez les vers de belle vertu ! 

16-Minvielle