On retrouve non sans un certain plaisir les aventures cartoonesques de Raphaël Schwab et Julien Soro, respectivement contrebassiste et saxophoniste de Ping Machine. Nous les avions quitté avec l'orchestre en Juin. Easy Listening et Ubik sont un des coups de force de l'année en cours où le contrebassiste avait une place centrale.
C'est lui qui signe l'ensemble des titres de de Volons !, le nouvel album du duo après Schwab & Soro, que nous avions à juste titre salué. Tous les morceaux, à l'exception du très tortueux "De Conserve", que l'on doit aux deux musiciens et qui semble en improvisation pure, qui se rapproche d'une tradition free que le duo avait observé de plus loin dans le premier album. Mais ce n'est qu'un vol en approche : le reste est très écrit et fait large part au talent de Schwab.
Le premier album montrait en quelques sorte l'exosquelette des orchestres auxquels les deux hommes participent (il y a aussi Big Four). Volons ! est plus personnel, moins pudique.
C'est une véritable fraternité qui est montrée ici, sans fard, et avec une humanité qui éclôt de chaque morceau, en douceur, sans heurts.
Ainsi "Jérôma" est un moment de douceur où la contrebasse très boisée est caressante, même quant les pizzicati enflent en même temps qu'un alto devenu plus clair que dans le disque précédent. Il y a bien sur ce léger son trainant qui laisse quelques scories sur son passage, mais la pâte musicale est très amalgamée.
Il y a une intimité évidente entre les deux, plus qu'une amitié, une légèreté qui de fait, permet de s'envoler. C'est tout ce qu'on entend dans le "Mambo" très mutin qui ouvre l'album et qui semble répondre à la "Valse-Farandole" du premier album. Il y a un élan qui se nourrit d'une jolie mélodie mais ne s'en contente pas. Les deux musiciens travaillent le thème, divergent, puis s'entrecroisent de nouveau. Soro sautille sur les cordes dures mais bondissantes de Schwab. C'est dense, comme un élan final avant de sauter la falaise, sans peur de la chute.
Le grand Douglas Adams l'avait théorisé : pour voler, il suffit de rater le sol en tombant ; jamais le duo n'a contact avec la terre ferme. Quand la contrebasse semble proche de l'heurter, il remonte dans un féraillement qui ressemble à un battement d'aile. C'est ainsi qu'il faut envisager "Posément", morceau beaucoup plus complexe qu'il y parait au premier abord. En réalité, c'est le saxophone qui replace son comparse dans les nues : dans ce morceau, l'alto ne touche pas terre. Ce n'est pas lyrique, c'est une sorte de mousseline poétique qui nimbe l'ensemble de l'album.
Elle permet tous les loopings possibles sur "Jolie valse joyeuse" qui est assurément le sommet de l'album, du moins son point le plus haut qui donne des ailes à Schwab.
Son solo, au centre du morceau est un temps suspendu...
En l'air toujours, même lorsqu'il y a des montagnes russes et des trous d'air comme sur "Volons" où les vents sont tournants et les climats changeants.
C'est fou ce qu'il faut comme écoute pour être en telle proximité. Il y a une habitude de jeu entre les deux, bien sur, mais ici elle est réellement transcendée. Il en découle un disque apaisé et immédiatement agréable. Le genre qui fait du bien, sans autre forme de débat. C'est appréciable.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

24-Impro-Wink