C'est un projet ambitieux que ce Pavages pour l'aile d'un papillon, où l'on heureux de retrouver la flûte de Malik Mezzadri, tout autant que sa voix et surtout son écriture. Il y avait longtemps ; ou du moins, il nous tardait de le retrouver dans un de ces projets très raffinés dont il est capable, mélangeant à l'envi l'écriture contemporaine et l'improvisation tout en n'écartant pas une certaine forme de transe, ou plutôt d'abandon qui s'exprime tout autant dans ses célèbres psalmodies que dans cette sensation aérienne, légère, batifolante qui caractérise ses recherches.
Le papillon, tout est là. A la fois éphémère et magnifique, versatile et évanescent, il baguenaude de l'un à l'autre des états tout en gardant un chemin bien précis.
C'est ce qu'on entend dans cette pièce unique écrit pour le quatuor Op.Cit dirigé par Guillaume Bourgogne. Le quatuor est accompagné de fidèles de Magic Malik : Fred Escoffier au piano, aperçu entre autre avec Fabrice Martinez, Brice Berrerd à la contrebasse et Emmanuel Scarpa à la batterie (Radiation 10) dont on a adoré récemment Invisible Worlds, qui peut s'écouter alternativement avec ce Pavages pour l'aile d'un papillon tant on sait y trouver un certain cousinage.
Mais l'ensemble Op.Cit. n'est pas non plus très éloigné du monde de la musique improvisée. En 2011, ils avaient sorti sur le label Forge (Grenoble) un disque autour des Folk Songs de Berio agrémenté de compositions de Scarpa et Escoffier. On peut en déduire une certaine habitude de travail en commun, d'autant que la violoniste Amaryllis Billet a récemment enregistré avec Fenêtre Ovale (Eve Risser, Joris Rühl) l'un de ces disques inclassables qui sont à mi-chemin sans être à la demi-mesure.
Malik explique parfaitement bien, dans les notes de pochette de ce disque publié par le label du collectif Onze Heures Onze, sa démarche, qui paraît parfaitement limpide tout au long des 37 minutes du morceau : un pavage, c'est à dire une imbrication non-invasive entre un quatuor à cordes qui par l'écriture de partitions graphiques ou non restitue une forme d'improvisation et un trio d'improvisateurs corseté par les systèmes créatifs du flûtiste, à commencer par ses fameux XP dont il a étudier toutes les possibilités à l'aube de la décennie.
Au milieu, Malik butine, passe de l'un à l'autre, ouvre le morceau par une incantation flûte/voix dont il a le secret, vite rejoint par les cordes. Il s'unit avec le violoncelle de Nicolas Cerveau et l'alto de Manon Ténoudji avec lesquelles il se lance dans quelques jeux de masques. Il laisse les violons de Billet et de Céline Lagoutière s'échapper pour relancer l'unicité du quatuor auquel le compositeur tient énormément.
Il faut attendre le premier tiers du morceau pour que s'ajoute le traditionnel trio piano/basse/batterie qui entre en scène sans rupture ni opposition. Dans la fluidité de l'échange, après une note tenue, on passe un relais. C'est un pavage, là encore. D'un monde, l'autre. Mais l'ancien s'inscrit dans la durée, en trame de fond comme une persistance auditive. Sur le devant, seul Malik reste, comme un trait d'union. Cela donne une atmosphère presque hallucinogène, renforcée par les tutti, qui témoigne surtout d'une grande douceur. Par la suite, le morceau évolue avec cette même insouciance, jusqu'à s'approcher du blues, dans la contrebasse de Berrerd.
L'oeuvre de Malik Mezzadri tient du papillon cette vivacité qui n'a pas besoin d'expliquer sa joliesse ; c'est en scrutant plus attentivement qu'on devine la grande complexité des motifs. Une belle réussite inclassable, comme on les aime, avec cette sensation de transformation continuelle et sans aucun souci des barrières.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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