Est-ce le retour à la mode des vinyls comme format d'expression ? On découvre de plus en plus de disques envisagés comme une œuvre à double face, césurée en son milieu pour offrir deux angles qui pointent vers la même image centrale. Vision kaléidoscopique simple, sans rupture, ou plutôt point de vue stéréoscopique pas désagréable qui donne du relief...
Est-ce une mode, d'ailleurs, ou juste un plaisir de la contrainte, à l'image de ce que l'on peut connaître en littérature ?
Un peu des deux sans doute, et aussi dans le cas de ce Seven Years proposé par les musiciens de Big 4, une contingence matérielle : captation d'un concert joué au Triton au printemps 2016, il restitue deux sets, deux approche différente de la musique de cette belle machine. De ce mini Ping Machine sans son guitariste de chef, ce qui n'empêche pas à la mécanique d'être diablement huilée.
On retrouve en effet dans ce disque cinq pièces majeures du célèbre grand orchestre. Cinq ? N'est-ce pas un Big 4 ? Un quatre majeur ? Qu'est-ce alors que cet histoire de cinq ?
Est-ce comme le championnat anglais de football qui avait quatre équipes majeures et se retrouve désormais avec un trouble-fête venu redonner une louable incertitude ? La pochette, avec ses poussins encramponnés et leur chasuble rouge comme les seuls vrais clubs anglais le suggère. Mais il est peu probable que Quentin Ghomari, le trompettiste invité qui est par ailleurs l'un des animateurs de Papanosh soit là par la grâce des pétrodollars.
Ce qui ne l'empêche pas de pêter le feu, soit dit en passant.
On s'en apercevra dans la première face de ce disque, où il fait le nombre à côté du saxophoniste alto Julien Soro. Ecoutons notamment le roboratif « Boule de neige » où le vibraphone de Stéphan Caracci joue le rôle de la mouche du coche. Il y a des échanges, mais aussi des soli successifs qui sont comme des courroies de transmission qui font tourner le moteur. C'est rigoureux et en même temps explosif, une habitude chez Big 4, qui dès « Voyou » qui ouvre l'album fait montre d'une précision constante, à laquelle nous avions été habitué et qui se règle à force des collaborations communes.
Autant dire que l'intégration de Ghomari est tout à fait naturelle. Mais comme souvent, l'ajout d'un nouveau timbre change la nature même de l'alliage. On s'en aperçoit sur « 160 BPM » qui est une composition du trompettiste, déjà entendu sur A Chicken in a Bottle. Une composition ingénue où la batterie de Rafaël Koerner et le sousaphone tonitruant de Fabien Debellefontaine, aussi gourmand que dans le 1000 Bornes Trio ne sont plus seulement le roulement à bille d'une dynamique générale mais s'ouvrent à à quelques formes plus libres et sans doute moins lisses qu'auparavant. On s'en réjouit, et on félicite le label allemand Neuklang d'être aussi fidèle !
Il en reste d'ailleurs quelques traces dans Temps Libre, la suite composée par Julien Soro et qui fait la part belle aux impressions et à la légèreté. Si l'on retrouve l'axe majeur saxophone/vibraphone qui marquait les précédents albums de Big 4, il y a de nombreuses voies ouvertes qui laissent passer une lumières neuves et change durablement l'approche du quartet. On sent une légèreté, peut-être même une plénitude dans cette déclinaison en quatre mouvements (Rêver, Marcher, Courir, Danser) qui n'ont pas de mouvements que le terme musical qu'on leur prête.
On serait tenté de parler d'accomplissement, tant un morceau comme « Marcher », nécessairement tenu sur ses deux jambes par les pas de géant du sousaphone, est un concentré de tout ce que ces musiciens savent faire. On mettra en avant la joie de jouer, phénomène commun aux musiciens du disques et aux gamins de la pochette. Un régal.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

29-Maulévrier