Après un premier disque en 2013 avec ce bien beau trio Birds of Paradise, le saxophoniste Olivier Py revient avec Black Fables, toujours sur le label Vent d'Est, fidèle accompagnateurs de projets souvent contemplatifs à la beauté abstraite et unique. On se souvient notamment de la poésie de Zé Jam Afane aux rues étroites de l'Estaque.
Ici, les oiseaux de passage ont une route toute tracée, sans doute pour mieux en dévier ; obsédé par les relevés ornithomusicologiques d'Olivier Messiaen, Olivier Py s'est lancé depuis plusieurs années le défi de les utiliser comme matériau brut de l'improvisation, avec deux complices plutôt habitués aux éclats de métal et à la fusion des alliages.
Le contrebassiste Jean-Philippe Morel, qu'on connaît pour Print, l'ineffable United Colors of Sodom mais aussi expériences baroques de David Chevallier et le batteur polymorphe Franck Vaillant, que Py côtoie depuis tant d'année dans les orchestres de Sarah Murcia sont les partenaires idéaux de ce type d'expériences.
C'est fou ce que ces musiciens sont capables d'avatars de jeu. Quel rapport, au premier abord entre le batteur de Pearls of Swine et celui de ce Black Fables ? Outre que c'est le même (je suis facétieux), il y a cette polyvalence, ce goût pour les frappes complexes et impaires et cette implication collective.
Olivier Py n'est pas en reste. Lui aussi sait cacher de nombreux visages dans son jeu. Ceux qui l'ont entendu (avec Vaillant...) sur Never Mind The Future en seront persuadés. Il fait partie de toute cette troupe informelle de musiciens hexagonaux qui aiment à jouer ensemble aux franges de nombreux styles.
La base rythmique qui l'accompagne est à la fois suffisamment boutefeux pour pousser le timbre si doux et si élégant du saxophoniste dans tous ses retranchements (« Bazooka Beatnik » et ses saturations soudaines de la contrebasse, après des jolis pas de deux où anches et archets se confondent) et « Nocturne Nectar », la pièce certainement la plus inspirée par l'œuvre originelle, souvent tant diluée qu'il n'en reste quelques atomes où simplement un esprit, comme on le dirait d'un alcool.
Dans ce dernier morceau, il y a comme une quiétude, un chant plaintif et très mélodique du saxophone qui est simplement érodé par la raucité de la contrebasse et les frappes sporadiques des éléments de métal de la batterie. Il en ressort quelque chose de nostalgique et simplement beau, sans apprêt.
Aussi simple qu'un chant d'oiseau dans les dernières lueurs du crépuscule.
C'est bien ce qui différencie les deux albums de ces Birds of Paradise. Le premier était plutôt torride et éclatant, celui-ci se positionne plutôt aux confins du champ lumineux. Écoutons ensemble la dichotomie construite dans les deux parties de « Punk Prototype », entre un premier mouvement vif, avec un drumming nerveux et une contrebasse irascible qui fait songer aux nuits dont est friand Sylvain Cathala et une seconde partie presque détendue, pour le moins apaisée ? Le jour qui décline, les ombres qui changent... Mais qui peuvent devenir terrifiantes, en un instant et relancer la machine. Les contes troublants de la nuit noire. De ceux qu'on aime se raconter avec une certaine délectation inquiète pour les oiseaux de bon augure.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

04-Windows