Bandes Originales est un disque qui ne surprendra pas les mélomanes qui suivent depuis longtemps la carrière du violoncelliste Vincent Courtois. Pas uniquement parce qu'il est le compositeur de la musique d'Ernest et Célestine. Ni parce que depuis toujours, l'expressivité de sa musique s'est toujours plu avec les images, a fortiori avec ce trio composé des saxophonistes Daniel Erdmann et Robin Fincker, qui joue aussi de la clarinette.
Ne pas être surpris, même lorsqu'on adore ça, n'est pas forcément un défaut. Ce n'est pas non plus une constante : c'est vrai que la force cinématique du trio à qui l'on doit Mediums et ses airs de fête foraine décâtie est une telle réalité que l'on perçoit la narration et la mise en scène s'emparer souvent du climat général.
La narration, elle était déjà omniprésente dans Mediums, elle nous transportait dans des histoires inquiétantes, parfois douce, parfois terrible, avec la même intensité dramatique qui l'on perçoit dans "Le Ballon Rouge", où Vincent Courtois nous offre toute la palette de son talent de mélodiste, à la fois doux, caressant et soudainement nostalgique, le tout sans rupture, avec une sensation de grande cohésion entre les musiciens.
Comme un montage parfait.
"Plein Soleil" de Nino Rota tiré du film de René Clément, où Fincker mêne le triangle à la clarinette, en est un autre exemple, sur un registre très différent. Brillant, profond, dans une constante recherche de l'imbrication des timbres, dans un contexte où le violoncelle se retrouve à faire le liant entre les deux soufflants. La "Tarentelle" qui lui fait suite et est tiré du même film est tout aussi lumineux et porté sur la cohésion du trio. Mais il y a plus de mouvement, engendré par un archet devenu cinglant, véritable moteur d'une musique aussi solaire (évidemment), impulsive et bravache que Delon.
Ce qui étonne, et pour tout dire ravit, c'est le choix de la playlist, très porté sur le cinéma francophone (Rohmer, Corneau, Clair...), mais sans en faire une ligne directrice, en témoigne "His Eyes, Her Eyes", tiré de l'affaire Thomas Crown de Jewison où le jeu très classique et luxueux du violoncelle semble se frotter lascivement aux lueurs vacillantes d'une ville qui semble être accaparée par le crime. Une ambiance qui se prolongera dans l'improvisation "Variations sur Thomas Crown" où l'on retrouve le goût pour les climats interlopes qui ont toujours plu à ce trio.
On aura l'occasion de goûter à la grande diversité du jeu de Vincent Courtois du "badinage" tiré de "Les Matins du Monde" de Corneau où l'influence baroque est forte jusqu'à "E.T l'Extra-Terrestre" qui s'amuse avec la grandiloquence orchestrale de John Williams en simplifiant le thème à l'etrême avec un goût certain pour l'étrangeté.
On notera également le goût de Courtois pour les jeux de piste. Ce disque enregistré à la Buissonne, ce qui se ressent dans la qualité et l'intensité de cette musique, ressemble à L'imprévu, un disque déjà enregistré par Courtois chez Gérard de Haro. Pas seulement à cause de ces jambes nues en noir et blanc dans une robe d'été qui patientent ou courent au devant de l'auditeur. Aussi pour cette sensation de liberté entre musique improvisée et très écrite qui ne se différencie sans doute ici par un plus grand sens du mouvement...
Normal. Tout cela c'est du cinéma ! 

05-Ikui-Doki