Si Lee Morgan est un pirate, comme le film un peu pourri des années 60 de la Cinecittà, Le sextet emmené par le saxophoniste Stéphane Payen est un sacré galion de corsaires.
Morgan The Pirate est un disque hommage au trompettiste, tué par sa femme en 1972. Puisqu’on en est à parler cinéma, notons qu’il existe sur la plateforme Netflix un documentaire nommé I Called Him Morgan qui revient sur la carrière fulgurante de cette égérie du label Blue Note, qui a notamment participé au Blue Train de John Coltrane, mais aussi a signé des chef-d’œuvre comme Taru ou Sonic Boom, mais aussi avec Art Blakey.
Hommage vraiment ? Plutôt exercice de style de quatre soufflants, une guitare et une batterie sur des titres de Morgan, où des compositions qui mettent en exergue le côté chahuteur et grinçant cher à la musique de Morgan, ainsi qu’une véritable dynamique de groupe. Elle s’obtient d’autant mieux que pour l’accompagner, Payen s’est entouré des trois inséparables de Journal intime qui font parler plus que leur unité : leur sens quasi mimétique de l’harmonie des cuivres et de leurs timbres.
A tout instant, et peut être notamment dans l’intense « X Notebook » qui est un morceau de Payen, ce sont les discussions âpres, parfois les chamailleries entre l’alto et le trombone (remarquable Matthiias Malher, toujours prompt à se fondre avec justesse dans une masse qui s’épaissit soudain), ces deux voix, et les envolées solaires de Sylvain Bardiau au bugle comme à la trompette au dessus d’un marasme dans lequel ferraillent le ténor de Fred Gastard et la guitare de Gilles Coronado, plus sèche et agressive que jamais.
L'alliance entre le guitariste et les trois lames de Journal Intime est évident ; dans « Stop Start », il y a notamment un échange d'une rare chaleur entre Mahler et le guitariste qui donne le ton à l'ensemble de l'album. Une musique urbaine, dense et canaille. Quelque chose du pirate, effectivement. Qui va sans se poser de question à l'abordage, quoi qu'il en soit.
Ce qui plaît au sextet dans la musique de Morgan, et c’est exactement ce qui se joue dans « Search For a New », c’est le jeu classique des appels et des réponses, toujours avec une pointe d’ironie et de forfanterie, mais aussi une transposition moderne de l’espièglerie et de la liberté de cette musique, qui s’exprime avec une certaine jubilation dans un morceau comme "Our Man Higgins" où le batteur Christophe Lavergne fait des miracles.
Comme à l’accoutumée, direz-vous. Quant à Payen, il mène la danse dans « Three », mais il a une approche collective qui ne cherche jamais à prendre le dessus. Pas plus que la trompette de Bardiau, pourtant absolument dans son élément pour briller. Mais encore une fois, la volonté de Morgan The Pirate est de frapper nombreux.
Et ensemble.
Si c’est un hommage, c’est celui d’un parcours, et pas forcément celui de Morgan au sens propre. C'est plutôt celui d'une famille de jazz, celle de Payen et de ses comparses, auteur d'une musique rugueuse et joueuse, résolument contemporaine à l'image de « Choral ». Chaque morceau de cet album paru chez Onze Heures Onze est précis, il s'immisce dans la musique de Morgan comme s'il s'agissait d'un étendard.

Quoi de plus normal pour des pirates ? 

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

 

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