Voyages stellaires, géographies imaginaires, rencontres du troisième type... Nos musiques sont friandes de rencontres extraterrestres et de géologies inédites. Ce n'est pas notre récente chronique qui affirmera le contraire. Les étoiles et les vaisseaux plus ou moins majestueux font partie d'une esthétique inspirante, qu'on retrouve selon diverses approches, de l'Atomic Spoutnik à la Suite Astrale en passant par les passages en vitesse lumière d'Hugo Carvalhais pour ne citer que des exemples européens récents.
On parle souvent des destinations et des épopées, moins souvent des transferts et des liens intimes entre les planètes, dans toutes la cosmogonie de la conquête spatiale.
Pourtant, les astres ont leur attraction, c'est connu. C'est à cet étrange association que s'intéresse le trompettiste Giovanni Falzone, qu'on a pu entendre dans le Monk'n'roll de Bearzatti, mais surtout dans un duo remarqué avec Bruno Angelini ; un musicien fougueux, chaleureux, qui sait éclairer une musique toute tournée vers l'image, ce que l'on peut apprécier dès "Pianeti Affini", titre d'ouverture sautillant où l'on découvre une base rythmique solide, athlétique et toute dévouée à la trompette et à ses sattelites. Alessandro Rossi à le drumming sévère, il frappe juste et sans excès, n'accélérant la pulsation que lorsque Falzone l'intime. Quant à la basse de Giulio Corini, elle est incisive, apporte au quintet une tonalité rock, mais peut aussi, lorsque la musique se fait plus evanescente garder jalousement une rythmique d'une walking bass très concentrée ("Stella Nascente"), notamment lorsque elle s'associe à l'accordéon de Fausto Beccalossi, l'un des fameux sattelites de l'astre Falzone.
Un astre qui aime se faire joueur, voire taquin, avec quelque renfort d'électronique un peu vintage  comme dans les vieux films de science fiction. Simple clin d'oeil.
On ne s'étonnera pas que Planètes Connexes (Pianeti Affini en italien) soit une histoire de courtes alliances, sans cesse renouvelées dont le mouvement créé une forme de système, avec ses révolutions et ses frôlement. C'est bien sur le cas, naturel, d'une basse et d'une batterie très soudée, mais c'est aussi celui des trois mélodistes du groupe ; l'autre sattelite, c'est Filippo Vignato, l'immense tromboniste italien qu'on est ravi de retrouver dans ce projet taillé pour lui.
Il n'eclipse jamais totalement la trompette, que faire comme un astre qui rayonne quoi qu'il arrive, mais il sait jouer au chassé-croisé, entamer la lumière, et prendre une forme de leadership dans "Il Sole e la Luna", comme une certaine suite dans les idées, avec un jeu de coulisse gracieux et précis.
La musique de Giovanni Falzone prend racine, sans plus que ça réclamer une filiation, dans une rugosité Hard-Bop bien servie par l'instrumentation. On songe parfois, notamment sur "Dimensione Oscura" à certaines couleurs chères à Papanosh, mais avec un vrai centre de gravité.
Celui d'une trompette remarquable, particulièrement bien entouré qui profite d'un bel enregistrement par le label CamJazz. Une réussite !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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