Bruno Angelini a toujours de quoi nous surprendre.
Pianiste peu disert mais toujours très bien entouré, fidèle en amitié et amoureux des images en mouvement, en témoigne son dernier Leone Alone, il prend toujours soin de réintroduire de nouvelles images, de nouvelles trames et de nouvelles douceurs, en témoigne le bien nommé "Perfumes of Quietness", aussi onctueux qu'un nuage, où la main droite égraine quelques notes sur un tapis de cordes aux intentions concertantes.
Qui se souvient de So Now ?, bel album de Bruno Angelini avec Mauro Gargano et Christophe Moreau ? Les premières notes de "Tree Song", le nouvel album du secret pianiste sur le label de La Buissonne y fait songer, notamment dans sa quiétude et sa fluidité.
C'est aussi et avant tout une question de couleur, ou plutôt de camaïeu. Il règne une pénombre, parfois, mais elle est flamboyante et joyeuse jusque dans son spleen. Ainsi, le fort juste Inner Blue où la batterie fait résonner un tonnerre lointain, presque irréel tant rien appelle à la tension ni à la rupture, sauf peut être parfois quelques tentations abstraites qui évoquent de loin en loin la seconde école de Vienne.
Tout contribue à la peinture de paysages, des jeux d'archets languides de Régis Huby et Claude Tchamitchian jusqu'aux balais d'Edward Perraud, extrêmement inventif jusque dans la parcimonie.
On a le sentiment d'une aquarelle qui se dessinerai lentement devant nous, avec de nombreux à-plats qui se chevauchent et se mélangent pour former de nouvelles couleurs et pour donner d'autres profondeurs, à l'instar de "Indian Imaginary Song" ou le tintement des éléments de la batterie se mèle aux notes du piano tout en lui laissant beaucoup d'espace, avant d'être submergé par la vague de douceur du violon.
L'impression est duveteuse, très prévenante, avec une dynamique d'orchestre qui ne cherche nullement la confrontation mais au contraire une forme de concorde, même lorsque le piano s'empourpre et presse un peu le pas. Il est vite suivi par les deux archets qui avancent au même rythme, comme pour garder une forme de noyau qui fait merveille sur "Both Sides of a Dream", véritable point central du propos et incroyable eldorado de cet Open Land où tout est possible.
Le disque, magnifique virée avec un quartet aux allures de Dream Team, se termine sur une suite où chaque élément sensible compte et se dilue dans une narration très raffinée, où l'on s'étonne même parfois de ne pas entendre de voix, comme s'il s'agissait d'un lieder né dans l'ombre et qui se dirige a la vitesse idoine vers la lumière.
Une vraie et pure réussite !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

02-Flying-Saucer