En revenant de guerre, on a bien besoin d'un petit bal perdu. Quelques semaines après être revenu du front de la Grande Guerre, aux côtés de James Reese Europe et de ses Hellfighters, aventure majuscule imaginé par mon ami Matthieu Jouan, voici qu'on retrouve l'Orphicube d'Alban Darche dans le soir tombant d'été, à la lueur d'un chapiteau.
Ce n'est pas le cirque, non, mais on se prend à chanter des chansons imaginaires pour faire danser les foules. On imagine le parquet ciré et la piste ronde, les lumière vacillantes et chaudes... On y est, avec la sensation familière d'un lieu mille fois foulé, et pourtant tout est nouveau ici, même le rag de « Jungle » où le fantôme des années 20 s'incarne soudainement dans le dialogue entre le piano de Nathalie Darche et la base rythmique gourmande constituée de Christophe Lavergne et Sébastien Boisseau.
Voilà pour les grognards de l'Orphicube ; on y ajoutera l'indispensable Didier Ithursarry, accordéon en chef sur « La Paloma », chanté en allemand par Chloé Cailleton.
Pourquoi faire simple quand on peut donner une pointe de fantaisie ?
Disons le sans détour, on est ravi d'entendre la nantaise Chloé Cailleton dans cet orchestre. On la suit depuis longtemps, notamment récemment avec le Collectif Spatule, et la voici qui devient la première voix des aventures de Darche. Un chant assez théâtrale, profond, qui a trouvé son terrain idéal entre le baryton de Darche et la trompette d'Olivier Laisney, venu presque naturellement compléter cet orphicube avec son complice de Onze Heures Onze, Stéphane Payen.
The Atomic Flonflons a un nom de fanfare, quelque chose qui brille et se consume, qui chambarde plus qu'il chamboule. A l'évidence, c'est le cas de « Tango Vif » où les soufflants prônent la mêlée ouverte ; mais dans la grande majorité des titres, organisés en deux axes symétriques un peu comme on plierai un spectacle pour le faire tenir sur les deux faces d'un vinyl, on est surtout impressionné par la richesse des arrangements.
Mais doit on en être étonné pour un disque d'Alban Darche ? On le sait, et un morceau aussi beau que « Saudade (Pluie Lente) » nous le rappelle aussitôt le disque commence. C'est poétique, équilibré, avec le piano de Nathalie Darche en colonne vertébrale discrète des tuttis de soufflants, lui donnant toute la fluidité nécessaire.
La nouveauté, encore une fois, c'est la voix, même si on l'avait déjà entendu sur Queen Bishop : « Calme est l'arbre, Calme est le vent »... Et douce est la voix, qu'elle chante comme on chuchoterai à l'oreille où qu'elle se lance dans une petite prouesse rythmique avec le remarquable « Rythm Song ».
A mesure que l'on écoute le disque, qu'on dodeline sur la « Java » qu'on croirait sortie d'une petite boîte mécanique ou qu'on écoute la douce poésie de « L'oiseau qu'on voit chante sa plainte », tiré d'un poème de Verlaine, on distingue un paysage qui change. On était rentré dans le chapiteau avec une envie d'oubli et d'étourdissement, nous voilà à barboter dans le spleen, un peu comme quand on sait qu'on a pris un verre de trop et qu'on regarde le monde qui file avec la tendresse d'un spectateur pour ceux qui jouent pour lui.

A l'évidence, The Atomic Flonflons était une envie de l'Orphicube. L'occasion d'aborder un registre plus populaire tout en dérogeant pas de sa ligne. C'est parfaitement réussi.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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