Il y a des libertés qui s'imposent d'elles-même sans être réclamées, sans être serinées. Elles sont libres parce qu'elles sont légères, qu'elles savent prendre la tangente. Elle sont libres parce qu'elle le savent, parce qu'elle ont su prendre conscience et mesure de leur statut et de leur but.
Cette liberté là est chère, mais elle est aussi diablement calme et douce, ce qui confère encore davantage de stature, comme ces traits assurés de la contrebasse de Joachim Florent (Radiation 10, OURS) qui à lui seul incarne le titre du quartet. Escape Lane, Ligne de Fuite... Un moyen assuré de tout mettre en perspective.
Le quartet Escape Lane est né dans les voyages intercontinentaux de The Bridge. C'est l'un de ceux qui poursuivent l'aventure dans la durée, puisque leur première prestation date de 2014. Il faut dire que les deux américains de Chicago et les deux français ont tout pour jouer ensemble. Et notamment un goût pour le temps long, le développement acharné mais posé de toutes sortes d'argumentaires et un sens développé de la responsabilité collective.
Le Français qui accompagne Joachim Florent esr le percussionniste Denis Fournier, aperçu il y a peu avec un autre américain. A eux deux, il tiennent une base rythmique irréfragable mais pleine de détails, de petites anfranctuosités qui font comme autant de petites bulles. Fournier est vraiment un formidable batteur, qui aime les défis transatlantiques et se trouve ici dans son élément.
Il en faut pour dérouler deux morceaux -deux faces d'un Vinyl- sans tomber dans la monotonie lorsqu'il n'y a pas nécessairement de pic ou de climax. Grâce au talent de mélodistes des hexagonaux, qui tiennent en haleine et en mouvement cette Escape Lane, il n'y a pas un moment où l'ennui guette.
Il faut dire qu'en face, le guitariste Jeff Parker et l'étonnant trompettiste Ben Lamar Gay. Le premier aime les ambiances souterraines, qui se confondent souvent avec la basse, conférant à cet album une sensation d'infiniment petit qui se déploit aussi lentement qu'inexorablement. Quant à Lamar Gay, c'est la grosse découverte de cet album. Il pratique beaucoup l'électronique en surplus de sa trompette qui ne prend pas la lumière des cuivres comme d'autres à cet instrument. Pourtant, il brille, mais à petites touches et sans rompre totalement la noirceur.
Ce n'est ni de la mélancolie ni une forme de rupture que cette pénombre. Au contraire c'est une nuit chaude, voire moite qui prend aux tripes.
Il y a une belle alchimie dans ce disque capté live, qui illustre la belle cohésion de cet orchestre.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

Cahuzac