Quand un musicien coloriste change ses palettes, abandonne quelques teintes favorites voire les remet en question, est-ce un changement de style, ou une simple variation ?
Question complexe, qui nourrira sans doutes toutes les rencontres chargées en mauvaise foi et autres psychotropes de tous les amateurs de musique autour des barbecues estivaux. Fabrice Martinez se moque un peu des débats sans fins, lui tient sa réponse. Son Rebirth Reverse, revisite avec une certaine délicatesse son précédent album, sorti en 2016, déjà sur le label ONJRecords.
La formule est la même pourtant, on retrouve d'ailleurs l'électricité vaillante de "Rebirth" au milieu du disque, avec le clavier de Fred Escoffier, complice de toujours. Mais le disque, pensé pour le vinyl (on a d'ailleurs une sensation très nette de faces, avec des narrations différenciées) est friand d'espace et de chaleur.
C'est là sans doute que la musique évolue et que la couleur se mordore. "Prune Reverse", par exemple, petit bijou tout acoustique où Escoffier se fait liant dans un exercice presque soliste où la main gauche semble juste effleurer le sol est d'une quiétude rare. Lorsque Martinez vient se poser, Eric Echampard vient proposer toutes sortes de camaïeux, et c'est une ambiance de canicule qui s'installe et perdure dans "Au cendres Reverse".
Chut! est de retour, peut-être qu'enregistré dans cette chapelle de Meudon, le nom du quartet complété par Bruno Chevillon prend encore une toute autre signification : pas forcément aux franges du silence, "Smity Reverse" et l'échappée belle de la contrebasse en témoigne, mais dans une forme de mezzo-vocce qui ne s'affranchit de la puissance, transformée ici en un certain lyrisme.
Le double album vinyle qui offre dans une forme de mélange très intéressant l'ancien album et le nouveau donne une sorte de mouvement perpétuel. Celà aurait pu ressembler à une forme de non-choix, mais c'est en réalité absolument cohérent.
Ce qui frappe également, c'est à quel point Martinez est à l'aise dans toutes les formes présentées. Dans "Smity", sorte de miroir de son cousin "Smity Reverse", il joue avec une reverb qui disparaît dans la nouvelle lecture. Il y a une sensation de fraternité, mais avec des différences notables, comme si on avait monté le même appareil avec deux schémas radicalement différents.
Durant ce magnifique ONJ qu'a été la mandature Benoit, Fabrice Martinez s'est révélé être l'un des musiciens les plus inventifs de l'orchestre, et de toute façon les plus en vue en dehors de l'orchestre. Ce Rebirth Reverse se révèle être un trè beau témoignage de cette période.
Indispensable.

 

07-Martinez