Flûtiste volontiers taciturne, Jocelyn Mienniel est rare en tant que leader. On se souvient avoir été chamboulé par Art Sonic, avoir assumé la chaleur de Tilt, mais l'artiste est davantage associé à ses collaborations anciennes et riches avec Sylvain Rifflet et tant d'autres ; on se souvient aussi de l'ONJ d'Yvinec.
Babel pourrait grandement changer la perception de ce musicien généreux et virtuose. Exit l'électronique, on le retrouve avec Babel dans un voyage, en compagnie de musiciens habitués aux chemins de traverse. C'est avec un orchestre où l'on retrouve le contrebassiste Joachim Florent, homme de base de la stabilité rythmique que l'on retrouve Mienniel sur les routes de la soie ou même d'ailleurs. Ainsi "Ethiopic", long morceau-symbole de cet album paru chez Buda Music emprunte tout autant aux rythmiques de la corne de l'Afrique qu'à une Asie lointaine mais colorée.
Les musiques de Mienniel, toutes originales à l'exception de "Zulfiquar" de Ashraf Sharif Khan qui fait merveille au sitar dialoguent entre elles, comme Khan dialogue avec la mandole de l'incroyable Stratcho Temelkovski. Babel parle tautologiquement toutes les langues, mais elles se comprennent : c'est ainsi que sur "Baïka", les cordes embrassent tout l'Orient pendant que la contrebasse règle le pas. Adepte de nombreuses flûtes, notamment le Ney qui est commyn à de nombreux endroits d'un bassin méditerranéen centre du monde et de ce disque, Mienniel intervient peu où pour lancer les débats.
C'est l'hôte qui regarde et écoute tourner le monde.
Evidemment, dans un morceau comme "Tsahel", Mienniel ne peut faire que parler la poudre en mettant de côté une musique contemplative pour réchauffer l'atmosphère. La flûte devient pugnace à mesure que les rythmiques impaires se développent. Elle doivent beaucoup à Antony Gatta qui en maîtrise de nombreuse. C'est le fuel, le combustible qui permet d'aller partout, et même aux confins de l'Europe dans le minimalisme de "Stéréométrie" qui rattachera l'album au langage habituel du flûtiste, et de ses expériences avec Sylvain Rifflet.
La flûte discute avec tout le monde, se sent chez elle partout et Temelkovski la précède souvent. Ce musicien, trop méconnu et qui mériterait davantage d'attention est le poisson-pilote dans cette tour de Babel, capable lui aussi de tous les vocables, de toutes les grammaires et surtout capable de les agréger entre elles.
Babel est un disque très personnel qui révèle tous les ingrédients du régime musical de Joce Mienniel, tout ce qui l'a influencé et nourrit dans sa propre construction. C'est un projet universaliste, une musique du monde qui fait communiquer les cultures mais n'empiète jamais sur l'une d'entre elle. 
Une réussite.

04-Mienniel