Gary représente sans doute, dans la production discographique récente, et a fortiori dans les piano solo, exercice plus difficile car sujet à comparaison et nécessité d'avoir de nombreuses choses à dire, un des moments les plus doux et les plus impudiques qu'il soit.
On ne va pas refaire l'histoire de Marc Copland, le saxophoniste devenu pianiste qui reprend tout de zéro, de ces premiers instants enfantins de musiciens, symbole à la fois de courage, d'abnégation et d'humilité. Aucun travestissement là-dedans, juste le besoin de tracer l'essentiel, et celui-ci pour Copland tient dans une succession de 88 touches blanches ou noires.
Il n'est pas le seul à avoir nourri se besoin de changer de touches et d'abandonner les tampons (Braxton aussi eu sa "période"), mais Copland l'a fait dans la durée. Il EST pianiste, un pianiste peut-être plus ouvert, aérien, qui a gardé la respiration comme ordre de mesure et une musicalité différente, qui est la couleur de Gary mais était aussi de ce bleu qui nimbait les poèmes de Michel Butor, dans l'un des plus beaux disques de Copland.
Gary est intime, et pas seulement parce qu'il s'agit d'un hommage à Gary Peacock, et que le contrebassiste a été l'un des premiers à donner à Marc Copland ses chances en tant que pianiste ; on se souvient notamment du What it Says sorti sur le label Sketch de Philippe Ghielmetti et enregistré à la Buissonne.
Il y a une véritable intimité entre les deux musiciens, et Peacok a toujours laissé beaucoup de place au piano, qui avait pour femme Anette Peacock a qui l'on doit le magnifique "Gary", joué tout en douceur et avec un certain velours. Mais cette intimité est une part de la problèmatique qui rend cet hommage si doux. L'autre raison qui rend ce solo si chaleureux réside dans la parution chez Illusions, le nouveau label de Ghielmetti, toujours fidèle au grand piano de la Buissonne.
Voire au piano tout court.
C'est l'autre grand ami de Copland, celui qui lui a offert en 2001 le fondateur Poetic Motion. Et c'est une révérence à ces deux parrains que propose Copland : écoutons le dans "Gaïa", jouer avec la main droite une mélodie fragile pendant que la main gauche caresse les basses qui restent néanmoins présentes et profonde. 
Elles sont comme une encre d'eau forte, à la fois sépulcrales et fluides. Ailleurs, dans "Moor" que Peacock jouait en trio dans les années 70, l'écho, à peine suggéré donne de l'espace et une sorte de réflexion interne, comme on songe aux souvenirs et aux amis, comme on laisse gambader des idées et des souvenirs que Copland canalise et ordonne.
Jamais cet hommage ne se transforme en voyeurisme, jamais on a l'impression de s'immiscer dans une relation forte. On regarde ce que Copland veut bien nous monter. Ce qu'on y entend est très fort.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

 

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