Le Jazztet de Bernard Struber est l'exemple même de l'excellence du modèle Grands Formats en France, et de sa difficulté à être entendu pour des raisons économiques et donc, partant, politiques (puisque la molesse des programmations culturelles est un choix politique, la volonté d'alimenter la paresse du plus grand nombre aussi.
De cette trouille de l'altérité, certains sont vaccinés. C'est le cas de Jazzdor, le célèbre festival et saison Strasbourgeo-Berlinois qui s'est lancé depuis quelques années dans la création d'un label : au menu, des concerts enregistrés pendant un évènement. Nous avions eu la Magie de Denis Charolles, les exercices de prononciation des Ceccaldi, voici la symphonie déjouée de Strubber, passée par le studio comme pour mieux rendre grâce à la profondeur et à l'intelligence de la musique jouée. 
Car elle est jouée, et bien jouée cette musique, l'inverse n'est pas de mise !
Si la symphonie est déjouée, comme on le dit d'un complot ou d'une traîtrise,  c'est davantage pour tirer la moustache d'Haydn (La Symphonie des Jouets) que pour créer de la tension. Elle est simplement absente dans ce disque où tout s'assemble avec une précision et une douceur peu commune, en trois mouvements où la simplicité prédomine malgré la complexité de la partition proposée. Avec deux sopranos comme autant d'instruments-voix qui complètent l'orchestre conçu comme une palette complète, Strubber envisage de nombreux chemins qui mènent à une grande clarté, de l'Aria à la Sinfonia (la plus belle) en passant par la Gavotte.
Tout est question de complémentarité : le piano de Benjamin Moussay s'imbrique avec le cor de Serge Haessler, qui répond au violon de Frédéric Norel. Personne ne tire la couverture à soi, c'est l'expression collective qui prédomine.
Et c'est ce qui rend l'exercice particulièrement intéressant.
Célèbre en France pour avoir, au début de ce siècle revisité, parmi les premiers, le patrimoine de Frank Zappa (je regrette d'ailleurs qu'il n'ait pas répondu à notre questionnaire...), le guitariste alsacien Bernard Strubber est tout sauf un simple exégète. Remarquable compositeur et arrangeur, il sait s'appuyer sur un orchestre plein d'individualité (à commencer par les deux saxophones, Jean-Charles Richard et Michael Alizon qui se montrent aussi discrets qu'indispensables, tout comme sait l'être la guitare.
Parfois, comme dans "Ricercare" dans le second mouvement, un soliste s'échappe, ici le trop rare Frédéric Norel, mais c'est pour mieux souligner la cohésion du groupe, bien encadré par François Merville à la batterie et Bruno Chevillon à la contrebasse. La symphonie déjouée, qui témoigne d'une proximité avec des compositeurs contemporains comme Berio ou Ligeti, mais qui ne fait pas l'impasse sur Zappa est le genre d'oeuvre à prendre dans sa globalité. Qui s'écoute et s'appréhende en s'y laissant plonger. Et c'est un lâcher prise à la fois luxueux et poétique

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

20-Souel