C'est une rencontre inattendue au premier abord, un pas de côté entre le trompettiste de Papanosh Quentin Ghomari et un pianiste, Marc Benham, pas nécessairement placé dans nos radars, mais manifestement pétri d'une culture jazz classique qui fleuri dans ce duo. On s'en apercevra dans le "Background music" de Warne Marsh, avec une main gauche solide et une main droite aventureuse. Gonam City est le lieu de rencontre de deux musiciens dont on aurait pas dit il y a quelques années qu'il se seraient croisés.
Mais c'est tout l'intérêt du pas de côté.
On connapit Ghomari dans Papanosh et Ping Machine, son clair, précis. On connaît moins, sauf si l'on s'intéresse aux indications des pochettes, son talent d'écriture qui est sensible chez les Vibrants Défricheurs. Ici, entre différents standards abordé avec sagesse (on s'étonnera du suave "Petite Fleur" dans sa trompette gorgée de nectar), le duo propose des compositions communes.
Parmi celles-ci, "Mésozoïque" est certainement la plus déconstruite avec ce souffle inaugural, bardé de silences, où le piano s'abstient. C'est dans  solo, plein de scories, où la mélodie se construit à tâton, que le but de cet album se fait jour : les deux musiciens se cherchent, entament divers rituels pour trouver un langage commun dans des morceaux courts.
Ainsi Benham, qui s'exprime peut être avec plus de liberté sur les standards se prend à davantage d'abstraction sur le beau "Misterioso" de Monk où la trompette aussi se transmute dans des attaques diverses, à la fois pseudo-orchestre de cordes et grasseyante de sourdines.
Monk est un formidable terrain de jonction pour les deux musicien, leur lande de passage, mais on ne s'étonnera pas que ce soit sur une musique de Mingus, tant défrichée par Papanosh qu'on trouve le terrain de jeu le plus abouti. On s'en apercevra avec "Pithecanthropus Erectus", où piano et trompette s'amuse, parlent le même langage sans tatonnement ou round d'observation, malgré l'entrée en matière très concertante du pianiste.
Gonam City est un premier album, une rencontre de deux musiciens qui se sont trouvés et on plein de choses à dire ensemble. Il y a indéniablement une idée de transgression dans le disque, à la fois Ghomari qui s'en va vers des contrées plus sages, mais qu'il connaît bien et Benham qui se dépouille à mesure d'un élégant costume à la cravate parfois un peu trop serrée. "Terrarium" en toute fin d'album en est un réjouissant exemple abstrait et sauvage. Pas au sens d'une violence ou d'une rugosité, mais bien parce qu'il y a mise en danger et remise en question.
Cheminement donc, et jolie introspection. On attend la suite avec intérêt.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

14-Ghomari-Maddox