On connaît ici Michael Attias par sa sensibilité.
Un son suave, à la limite de la rocaille mais toujours rempli de douceur, un peu comme une pierre roulée par les galets. On le connaît aussi parce qu'il a vécu longtemps en France et y garde quelques attaches : on l'a notamment entendu avec le quartet Mûjo de l'ami Jean-Brice Godet.
A l'international, puisque désormais Attias vit à New-York, on l'a entendu souvent avec Tony Malaby mais aussi de loin en loin avec Braxton dont il fut l'étudiant à la Wesleyan ou de Tishawn Sorey ou John Hebert. L'impression d'une famille, d'un long déroulé de liens qui l'ont mené de la « Rue Oberkampf » au Barbes.
Pas de passage par la ligne 2, il s'agit du Barbes de Brooklyn. Un des épisodes de cette histoire personnelle, presque intime qu'il raconte dans Echos la nuit, un premier album solo d'une grande sensibilité et d'une grande pudeur.
On y raconte l'errance, un certain spleen du petit jour et la douceur des nuits interminables qui peuvent parfois s'embrunir d'une note de désespoir. C'est ce qu'on entend dans le très beau et lent chancellement de « Grass » où le saxophone alto s'immisce comme sur la pointe des pieds, en douceur, dans les hauteurs, avec la conscience d'un état second.
Une sensation que l'on retrouve plus loin dans « Sea in The Dark », quand le piano introduit des noirceurs profonde et que l'alto erre à la surface.
Piano et alto oui, tout en même temps.
A cet instant de la chronique, vous vous interrogez sur ma cohérence.
Pano et Alto, un solo à plusieurs ?
On nous a déjà fait le coup.
Mais il ne s'agit pas de ça ; Michael Attias, dans une prouesse plus intellectuelle que performative joue du piano et du saxophone alto en même temps, et sans sembler peiner ou sacrifier la complexité à l'extrême. Ecoutez le très beau « Autumn I & II » et ses vagues de son successives pour vous en convaincre. On y trouve un minimalisme évocateur, mais aucun simplisme.
Ce à quoi l'on assiste, c'est une sorte de dialogue entre deux hémisphères ; entre deux dualités qui sont en réalité identiques et forment un tout conscient.
Si Echos la nuit est troublant, ce n'est pas à cause de cette forme hors du commun. Bien sûr, on est effaré par la prouesse, mais elle ne s'impose pas. Elle existe, elle ravit l'oreille et fait vagabonder l'esprit. On pourrait songer qu'il y a un hommage à Braxton avec l'alto et le piano... Mais si tel est le cas, il est inconscient ; un inconscient qui dicte beaucoup de choses à cette œuvre introspective.
Michael Attias avant commencé sa carrière phonographique avec un magnifique Credo en 2005 paru sur le label Clean Feed, avec entre autre Igal Foni et Reut Regev qu'il aura côtoyé à la Wesleyan .
Ce solo que l'on peut apprécier sur BandCamp et qui est produit par le jeune et prometteur label Out of Your Head est du même spectre, il perpétue une approche relativement mystique ou pour le moins contemplative qui semble être constitutif de la personnalité du multi-instrumentiste qui nous livre ici un disque très personnel et résolument magnifique. Un disque tel qu'on en redemande.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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