Mélanger deux des plus belles esthétiques du jazz français, voici l'une des gageures de ce bel album sorti chez Yolk comme une évidence. Il aurait pu être sur le label de La Buissonne, ou dans de nombreuses autres maisons de qualité, puisque ce disque enregistré chez Gerard de Haro, sur le piano qu'affectionne tant Stéphan Oliva aurait pu fédérer de nombreux acteurs de nos musiques de ces dernières années (on pense notamment à Sans Bruit).
Mais c'est Yolk.
La présence de Sébastien Boisseau n'y est certainement pas étrangère, et son jeu, à la fois puissant et d'une douceur absolue hante tellement le piano d'Oliva, le prolonge même dans "Processione" qu'il semblait naturel que le trio enregistre sur le label nantais. Trio ? Oui, puisque Orbit révèle aussi l'alliance d'un batteur d'Outre-Atlantique, le formidable Tom Rainey qui donne à cet Oliva Rainey Boisseau International Trio (ORBIT) une dimension supplémentaire. Un parfum de luxe, sensible dans le très beau "Polar Blanc", où il frappe juste, avec autorité et beaucoup d'écoute. Les clusters soudains du pianiste, qui précède le fracas lancinant de la batterie, les pizzicati bienvenues sont autant de cadres donnés à l'édification d'un trio tout à la fois classique et moderne, comme on le dirait d'un costume sur mesure taillé sans ostentation.
Aucun geste ne froisse, et pourtant tous les mouvements sont possibles. Une classe absolue, en quelques sortes, sous l'étoile d'Ornette Coleman auquel le trio rend hommage ("Around Ornette"), sans ostentation mais avec une solidité à toute épreuve, qui là non plus n'empêche pas une grande flexibilité. 
Ce n'est pas pour rien que de nombreux morceaux évoquent le mouvement circulaires. Des morceaux déjà connus, comme "Wavin" ou "Cercles" enregistrés avec d'autres orchestres, et que Rainey interprète comme s'il avait toujours joué avec ces deux français. Et avec un plaisir réel et communicatif.
Avec une simplicité déroutante, aussi, qui fait énormément pour la tenue de ce trio qui ne semble faire aucun geste inutile. On sait l'image très importante pour Oliva, du fait de son rapport au cinéma. Celà explose dans le magnifique "Gene Tierney", qui a la clarté de ses yeux et l'équilibre des lumières de Lubitsch.
Le ciel peut attendre, mais ça n'empêche en rien d'être aérien ; la mousseline provient tout autant de la main droite d'Oliva que du claquement des cordes ou du frôlement des peaux. Le dialogue est parfait, volubile et sans annicroche, avec ce qu'il faut d'esprit et d'humilité.
On pourrait songer que ORBIT reste beaucoup dans la couleur, le noir de jais étincellant, qui sied à Oliva. Il signe de nombreux morceaux, mais Sébastien Boisseau n'est pas en reste. On notera, à la toute fin de l'album, la reprise de "Lonyay Utca" que le contrebassiste avait enregistré avec JASS ; Rainey n'est pas Hollenbeck, mais les deux batteurs partagent une chose ; le goût pour l'aventure et l'humilité qui fait ici des merveilles. Un bijou, noir et brillant.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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