C'est la jolie surprise de l'été, même s'il n'y en a eu plusieurs. Prenons ici surprise dans l'acception "découverte".
Sacrée découverte que ce leader italien saxophoniste et clarinettiste, Romano Pratesi, dont il faut chercher loin pour trouver trace de ce côté du col de Montgenêvre. On note un duo avec Dave Liebman assez récent, un autre disque avec Liebman qui joue décidément avec beaucoup de gens, et puis c'est tout.
Le garçon n'est pas vieux, mais il sait s'entourer et manier avec une certaine dextérité deux approches assez différentes au saxophone ténor et à la clarinette basse. 
A la clarinette basse, il y a quelque chose de nostalgique ; on écoute "St Jean", qui résonne comme une nuit italienne sans fin et ses joies alentours et l'on se surprend à danser. C'est doux, c'est simple, et c'est magnifiquement entouré avec la guitare sèche d'Hasse Poulsen et la rythmique toute en fluidité de Christophe Marguet. Ce sont les deux musiciens qui l'accompagnent depuis des années. Lorsque la contrebasse de Claude Tchamitchian apparaît, c'est une autre poésie qui s'élance.
Le disque tourne, nous aussi.
Au ténor, l'ambiance est forcément plus musculeuse. "Vetro" en tout début d'album joue des coudes, la batterie de Marguet jongle avec adresse alors que la guitare de Poulsen s'électrifie. Il n'en reste pas moins une impression très colorée, bigarrée sans être tranchante. Même lorsque le piano de de Stephan Oliva s'en mêle, dans le beau "Lo Scopo" où la clarinette basse et la contrebasse de Tchamitchian font de très beaux pas de deux, il n'y a pas de teinte pastel qui viennent adoucir le propos, naturellement fluide. Ce n'est pas le break aussi soudain que dévastateur de Poulsen qui viendra nous prouver le contraire.
Oui, Stephan Oliva. On vous dit que le transalpin sait diablement bien s'entourer.
Mais ce n'est pas tout. Car parmi les membres de ce sextet à forte domination française (Avec Hasse Poulsen en joker polyvalent... Mais Vive la France, comme on dit chez Das Kapital dont le label produit le présent Frizione), on trouve un garçon de Los Angeles, adepte du trombone, et pas des moindres.
On sait que Glenn Ferris, ci-devant légende zappaïenne du trombone passe beaucoup de temps en Europe, assez du moins pour bien connaître sa scène et ses musiciens. Mais là, il y avait très longtemps qu'il n'avait pas autant donner de lui même. Il est partout : il double, il entraîne, il romps, il s'amuse en un mot et joue bien souvent à cache-cache avec son leader. Dans "Katsounine", pièce de Tchamitchian qui est sans doute le sommet de l'album, il est littérallement en feu, joue de la coulisse avec une justesse et une maestria qui fait plaisir à entendre.
Si chaque membre du sextet est une couleur, quelque chose qui qui réchauffe et saute aux yeux, Pratesi est le rouge du feu et Ferris le jaune de la lumière.
De notre côté, nous, on bronze...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

10-Rue-du-Chaix