Attendue depuis la prometteuse alliance avec ses compères de polyrythmie installés au sein du Workshop, la suite de Conversation With the Drum menée par le saxophoniste Stéphane Payen ne nous exempte pas de surprises.
Justement appelée More Conversation With The Drum, cet album paru chez Onze Heures Onze et qui commence par un très doux « Adèle » laisse entendre des timbres nouveaux : rien ne doit laisser penser que le Workshop est une structure fermée, et c’est la guitare de Nelson Veras et le baryton de Bo de Werf qui l’affirment, vite rejoint par une orgie de batterie.
Une sur chaque canal : le gauche pour l’habitué Vincent Sauve, le droit pour le nouveau venu Thibault Pierrard, déjà entendu avec le trompettiste Olivier Laisney. De quoi ajouter de la complexité rythmique et des conversations à baguettes rompues. Une complexité qui ne décourage pas la fluidité qui caractérise ce Workshop…
La légèreté de Payen aux prémices de « Nine to Hate » et le jeu rieur des batteurs font tout pour se faire le plus lumineux possible. Ce morceau était déjà dans le disque précédent ; gonflé avec les nouveaux venus, il prend davantage d’ampleur et d’inventivité. La basse électrique de Guillaume Ruelland lourde mais agile n’y est sans doute pas étrangère.
On retrouve dans la force de frappe de cet orchestre une démarche que Payen avait déjà utilisé dans Thôt. La stratégie de l’agrandissement comme un jeu de Lego, pour friser le grand format mais surtout offrir une pluralité des voix qui va plus loin que la simple densité. L’explosif « Little Thing To » en est une parlante illustration. Extrait du répertoire de Thôt, ce morceau est une recherche gourmande où les soufflants sont comme un roulement à bille qui entraine une rythmique inexorable et pleine de chemin de traverses.
Le jeu de chat et de souris de Veras et Ruelland, les slaloms et les unissons divers de Payen et Laisney, les claves en forme de ponctuation de Sauve sont autant de petites entropies qui s’inscrive dans une lecture plus free du répertoire habituel de ces protagonistes.Car c’est peut-être la surprise la plus réjouissante de ce beau deuxième volet de ces conversations. L’héritage Colemanien ne se limite pas à Steve, écrivait-on dans la précédente chronique.
Ce nouveau disque nous le confirme. « OND » est une référence directe à Old and New Dreams, avec la trompette conquérante qui s’insère dans les entrechats de l’alto pour mieux avancer de front avec le baryton de De Werf après une avalanche de percussions. De la même façon, « Ornette Like » qui lui fait suite ne laisse planer aucun doute. On peut être donc branché sur le courant alternatif, tendance Ornette et tendance Steve ?
Il y en aura sans doute quelques-uns pour s’en étonner, mais c’est une direction logique, et formidablement bien illustré par Stéphane Payen et ses amis : une musique ouverte sur le monde qui en écoute toute les palpitations et sait les transcrire avec une beauté mystérieuse, voilà qui caractérise les deux Coleman. Une réussite, et même mieux, un jalon paré d’une vraie universalité.

29-Laisney